Salaires de Ligue 1 : Où sont les Messins ? (2019/2020)

Comme chaque année, le journal l’Équipe a édité un numéro spécial dédié aux salaires des joueurs de l’élite Française. Nous nous sommes donc penchés sur le cas des Grenats pour la saison 2019 / 2020 avant de nous attarder sur une comparaison avec les autres clubs du même calibre.

Il s’agit d’un exercice un peu particulier qui s’offre à nous, scruter à la loupe les revenus de sportifs de haut niveau alors que, tradition française oblige, nous n’accepterions pas de voir nos fiches de paie divulguées et analysées sur internet. Pourtant, il s’agit d’un rendez-vous attendu par de nombreux observateurs puisqu’il est un indicateur intéressant de la santé d’un club. Un haut salaire sur un joueur peu utilisé révélera souvent un pari raté; le contraire est tout aussi valable.
D’autre part, ces chiffres permettent également dans certains cas d’alimenter la polémique dite du “ils gagnent des millions pour courir derrière un ballon !” mais aussi parfois de la faire baisser, puisque dans certains cas, la vérité est loin du fantasme populaire.
En propos liminaire, il est également important de rappeler que les chiffres annoncés dans cet article ont pour source le journal l’Équipe et sont pour la plupart des estimations. Ainsi, ne sont pas pris en compte les revenus extérieurs (partenariat, publicité, sponsoring) ou encore les primes éventuelles dont les joueurs peuvent bénéficier dans certains cas. Également, les données annoncées sont des salaires brut et il est bon de rappeler que les footballeurs, comme tout à chacun, sont soumis aux diverses cotisations mais aussi aux impôts.

Le décor est posé et tout cela nous amène au premier point… 

 

Qui gagne quoi au FC Metz ?

Si vous aviez suivi notre analyse des salaires de Ligue 2 la saison passée, préparez vous à quelques surprises concernant ce nouvel exercice en Ligue 1.
Au sommet de l’échelle des salaires Messins, on retrouve le joueur clé de la saison : Habib Diallo. Avec une rémunération estimée à 80 000€ mensuels, il réalise une percée importante. En effet, il était absent du top des salaires de Ligue 2 l’an passé ce qui le situait sous les 22 000€ mensuels. Il n’est cependant pas surprenant que son salaire ait été réévalué lors du passage en L1, lui qui était au sommet du classement des buteurs l’an passé se distingue encore cette année avec 65% d’implication dans les buts Grenats à ce stade de la compétition (12 buts, 3 passes décisives). Un investissement logique sur un joueur qui attire de plus en plus les convoitises.
Non loin du goléador Sénégalais on retrouve trois joueurs émargeant à 70 000€ mensuels. Le premier est à Metz depuis 2016 et est surement rémunéré à hauteur des sifflets auxquels il doit malheureusement souvent faire face de la part de ses propres supporters : Opa Nguette.
Les deux autres viennent d’arriver en Moselle. Il s’agit de Dylan Bronn, qui a signé pour 5 saisons et de Vincent Pajot arrivé pour sa part en prêt depuis Angers mais dont le salaire est pris intégralement en charge par Metz.

On retrouve ensuite un grand absent de la saison en la personne de Renaud Cohade (55 000€), l’ex capitaine Messin a été revalorisé de 10 000€ entre la L2 et la L1. Suit le solide défenseur John Boye (50 000€) avant de retrouver un autre joueur en prêt : Noss Traoré. Il est annoncé à 40 000€ par mois mais son salaire est plus proche des 80 000€, en effet le club Monégasque qui le prête prend en charge la moitié de l’argent qui lui est versé. Kevin N’Doram (35 000€) que l’on retrouve plus bas dans le classement est dans le même cas avec un salaire pris en charge à 50% par Monaco.
Victorien Angban (40 000€) qui était un des joueurs les plus payés la saison passée alors qu’il était prêté par Chelsea a vu son salaire estimé diminuer de 5 000€ lors de sa signature avec Metz lors du passage en L1.
Le remarquable Habib Maïga clos le top 10 des salaires Messins avec 35 000€ versés par mois.

Ce top n’est que la partie visible de l’iceberg, puisque avec une trentaine de joueurs sous contrat pro, le FC Metz affiche un salaire moyen mensuel à 31 500€. On remarquera notamment que certains joueurs souvent utilisés ou titularisés par le staff Messin (Oukidja, Delaine, Centonze, Gakpa, Boulaya, Niane…) n’apparaissent pas dans cette énumération et on peut estimer qu’ils se situent tout simplement dans la moyenne de l’équipe voir en dessous.

 

Donnée intéressante également, Vincent Hognon ferait partie des entraîneurs les moins bien rémunérés. Annoncé à 25 000€ mensuels il ne devance que Bernard Blaquart de Nîmes (20 000€). A noter que la moyenne des coachs, bien aidée par un top 7 à plus de 180 000€ et des Tuchel et Villas-Boas hors normes, se situe à 153 000€. Pourtant, aux antipodes de ces chiffres, 11 des tacticiens officiant en France sont sous la barre des 90 000€ mensuels…

 

Et dans le reste du championnat, quelle est la tendance ?

Vous ne serez pas surpris de savoir qu’aucun Messin ne figure dans le top 30 des salaires mensuels de la première division Française. Ce top concerne 17 joueurs du Paris Saint Germain, 5 joueurs de l’Olympique de Marseille, 4 joueurs de l’AS Monaco et 3 joueurs de l’Olympique Lyonnais. Pour figurer dans ce top peu représentatif de la réalité du championnat, il faut gagner au bas mot entre 3 060 000€ (Neymar) et 330 000€ (V.Germain). Reste à savoir que le salaire médian en Ligue 1 est de 35 000€ mensuels.
Nous allons donc assez peu nous intéresser aux “monstres”, capables de payer plus d’un million d’euros par mois des joueurs rivés sur le banc, pour nous intéresser à des organisations plus proches du budget et des intentions du club à la croix de Lorraine.

Parmi les clubs les plus proches de Metz en matière de gestion salariale nous avons choisi de dégager quatre clubs : Brest, Nîmes, Amiens et Dijon.
Le premier auquel nous nous sommes intéressés est également un promu. Brest est actuellement classé 14ème de Ligue 1 avec deux points d’avance sur Metz tout en ayant un salaire moyen très inférieur à celui de Metz : 26 000€. Cela s’explique par une absence de gros salaires et une certaine homogénéité dans la rémunération. Seuls deux noms sortent du lot : l’ex Montpellierain Paul Lasne (55 000€) et le buteur Gaëtan Charbonnier (40 000€). Derrière eux une flopée de joueurs rémunérés 30 000€ par mois. Cette rémunération plutôt égalitaire et économe a permis l’instauration de diverses primes pour valoriser les performances et titularisations. Une stratégie intéressante mais qui doit rendre les négociations lors des transferts plus compliquées.

Nîmes semble être le club le plus proche de Metz sur le plan salarial. Avec une bourse moyenne de 30 000€ et le joueur le plus onéreux à 80 000€ (Briançon) on trouve quelques similitudes intéressantes avec les “Crocos”. Pourtant tout comme pour Brest on retrouve des salaires assez homogènes et les places 2 à 10 s’étalent entre 50 000€ et 35 000€ le tout en ayant prolongé certains joueurs clé, pourtant très courtisés. Des dépenses qui semblent très maîtrisés pour un club aux moyens somme toute assez limités puisque dernier budget du championnat avec 27 millions d’euros.

Amiens, actuel 19ème de Ligue 1 à 7 points des Messins, affichent des salaires plus élevés. La moyenne de 36 000€ mensuels est boostée par quelques lourdes rémunérations au sommet du top 10. Ainsi Serhou Guirassy, arrivé l’été dernier de Cologne et Moussa Konaté empochent chacun 100 000€ par mois. Saman Ghoddos vient compléter le podium avec une rémunération à 75 000€. Deux de ces joueurs à la rémunération avantageuse ont été blessés lors de la première partie de saison et ont ainsi impacté lourdement le rapport “victoire / prix” de leur club dans la course au maintien. Nous verrons lors de la fin de saison si ces sommes s’avèrent justifiées.

Enfin Dijon, qui est actuellement 17ème de L1 avec 3 points de retard sur Metz, ne lésine pas dans sa course au maintien puisque l’un des plus gros salaires n’a intégré le club qu’en Janvier . En effet pour palier à des manques constatés en début de saison les dirigeants ont mis le grappin sur Yassine Benzia avec l’espoir de relancer la machine à gagner. Mais pour le moment c’est la machine à billets qui s’est activée puisque l’Algérien émargerait à 95 000€ par mois, soit le plus gros salaire du club à égalité avec le Gabonais Bruno Ecuele Manga, arrivé l’été dernier en provenance de Cardiff. Didier Ndong, lui aussi Gabonais et arrivé de Guingamp, prend la troisième place avec 80 000€ mensuels.
A côté de cela on constate une nouvelle fois un top 10 régulier : 4 joueurs à 40 000€, 3 joueurs à 30 000€. Le tout pour un salaire moyen à 40 000€, soit 10 000 de plus que l’année précédente.

Parmi les autres équipes proches de Metz au classement à ce jour on relève également quelques anomalies qui rassureront ceux qui estiment que l’argent ne fait pas le bonheur. La plus importante ? Saint Etienne, actuel 15ème avec 1 point d’avance sur Metz. Avec un budget de 100 millions d’euros, un salaire moyen à 70 000€ et des joueurs rémunérés jusqu’à 210 000€ par mois, il y a fort à penser que les Verts s’attendaient à une saison plus efficace…
Autre “anomalie” ? Toulouse. Bon dernier de Ligue 1 avec 13 points, le “téfécé” avait pourtant mis le paquet sur les contrats. Un salaire moyen à 59 000€ a normalement de quoi attirer des joueurs de qualité suffisante pour un maintien serein, mais la pioche n’a pas été très bonne. Les 4 joueurs à plus de 100 000€ ne suffisent pas à tenir le bateau à flot : Max Alain Gradel (190 000€), l’ex Messin Matthieu Dossevi (120 000€), Wesley Saïd (120 000€) et Ibrahim Sangaré (100 000€) devront offrir une meilleure copie pour le reste de la saison s’ils souhaitent se maintenir…
Enfin un contre exemple pour bien terminer l’analyse : le Stade de Reims, 7ème de Ligue 1 à ce jour avec 33 points. Avec un budget de 45 millions mais surtout un salaire moyen le plus bas du championnat avec 24 100€, rien ne les prédisposait mathématiquement à cette réussite. Quatre joueurs Champenois se partagent la plus haute place du podium des salaires avec 60 000€ : Alaixys Romao, Thomas Foket, Predrag Rajko et Anastasios Donis. Aucun salaire exorbitant donc, même pour les cadres, mais surtout un système de primes bien huilé pour motiver les troupes. Une certaine idée de la réussite sportive.

 

En conclusion

Nous avons pu constater dans cette analyse que le FC Metz fait un travail correct et cohérent par rapport à sa masse salariale. En revanche nous avons pu observer des sommes disparates dans les plus hauts salaires là où les voisins de classement semblent avoir des “grilles tarifaires” plus précises pour leurs joueurs. La faute peut être à l’aller retour entre Ligue 1 et Ligue 2 qui a enclenché des clauses de revalorisation salariale, mais aussi aux trois prêts plus ou moins pris en charge par les clubs d’origine.
Toujours est-il que le FC Metz ne fait pas moins bien que les clubs à son niveau et semble faire mieux, ou jeu égal, avec certains clubs aux ambitions supérieures.

Toutes ces données sont bien entendu à mettre en rapport avec les budgets de club pour la saison, nous en avions fait une analyse il y a quelques mois. Il va de soi qu’un club au budget annuel de 40 millions d’euros ne va pas acheter des joueurs à 20 millions et les payer 300 000€ par mois, ainsi les fractures constatées entre les clubs du haut de tableau financier et ceux aux budgets plus modestes se ressentent forcément dans l’analyse des salaires et de l’effectif.
Nous pourrons également rapprocher les chiffres présentés dans cet article au prochain rapport de la DNCG. Le dernier en date (2017/2018) nous montrait que le FC Metz bénéficiait d’une certaine santé financière et laissait présager une gestion intelligente du club.
Ces ensembles de données financières semblent bien loin du sport, mais en font malgré tout partie intégrante. Dans le monde professionnel, la partie “business” et la partie “sportive” se mêlent sans cesse. L’aspect financier pourrait d’ailleurs être une nouvelle fois bouleversé la saison prochaine avec la revalorisation des droits TV et il sera bon d’y garder un œil attentif. 

 

 

Crédit photo : Matthieu Henkinet (joueurs et coach FC Metz)
Source des données : L’Équipe