Albert Cartier : du joueur passionné à l’entraîneur exigeant, une vie guidée par le plaisir

9 minutes de lecture

Albert Cartier : du joueur passionné à l’entraîneur exigeant, une vie guidée par le plaisir

9 minutes de lecture

Ancien défenseur puis entraîneur du FC Metz, Albert Cartier s’est longuement confié à travers deux entretiens consacrés aux deux vies de sa carrière. De ses premiers pas dans les Vosges à la renaissance du club grenat, il raconte un parcours bâti sur le travail, la fidélité et le plaisir.

Avant le football, le premier terrain d’expression d’Albert Cartier est la montagne. Le jeune Vosgien pratique le ski, le vélo et ne semble pas spécialement destiné à faire carrière avec un ballon. « Je n’arrivais même pas à faire plus de deux jongles ! », raconte-t-il à propos de ses débuts à l’AS Vagney. Une rencontre va pourtant infléchir le cours de son histoire : celle d’Étienne Louis.

Éducateur marquant de ses jeunes années, celui-ci perçoit chez lui des qualités différentes et décide de le repositionner en défense. Un choix déterminant. Albert Cartier apprend alors à observer, à anticiper et à mettre son énergie au service des autres. Des principes qui accompagneront d’abord le joueur, puis l’entraîneur.

Dernier d’une famille de cinq enfants, il grandit avec une motivation intime : « J’ai toujours voulu rendre fier mes parents. » Il évoque notamment un père rigoureux, attaché au travail et à des valeurs fortes. Le football devient progressivement bien plus qu’un jeu : une possibilité d’avancer et, plus tard, une forme de libération pour toute sa famille.

Son arrivée à l’Institut national du football de Vichy transforme, selon ses mots, « une passion d’enfant en stratégie d’homme ». L’éloignement et la concurrence lui font découvrir les exigences du haut niveau. Pour progresser, explique-t-il, il faut accepter l’inconfort et les sacrifices : « Il faut apprendre à aimer se faire mal. »

Crédit photo : DR (fournie par Albert Cartier)

De l’AS Nancy-Lorraine au FC Metz

Albert Cartier choisit ensuite l’AS Nancy-Lorraine pour signer son premier contrat professionnel. Une décision réfléchie, dans un club où il doit gagner sa place au milieu d’une concurrence importante. Solide défenseur, il s’impose progressivement et découvre une Division 1 au sein de laquelle chaque équipe possède des joueurs redoutables.

À Nancy, il côtoie notamment Michel Platini, dont il retient le talent hors norme et une frappe de balle exceptionnelle. Il y rencontre aussi Arsène Wenger. L’influence du technicien dépasse rapidement les résultats et les séances d’entraînement : sa manière d’observer, d’expliquer et de penser le jeu fait naître chez Albert Cartier l’envie d’entraîner à son tour.

Après sept saisons sous le maillot nancéien, il rejoint en 1987 « un club particulier qui m’a toujours attiré » : le FC Metz. Son intégration dans le groupe grenat se joue sur une seule action à l’entraînement. Il en raconte les coulisses dans l’entretien, sans oublier le collectif uni découvert alors.

Quelques mois plus tard, le défenseur remporte la Coupe de France 1988 face au FC Sochaux. Touché à l’épaule pendant la finale, il poursuit la rencontre malgré la douleur. Celle-ci disparaît avec la joie de soulever le trophée et de partager ce moment avec ses coéquipiers. Il rend également hommage à Marcel Husson, entraîneur exigeant et homme fort de cette aventure.

Une proposition de l’AS Saint-Étienne aurait ensuite pu l’éloigner de la Moselle, mais il choisit de rester. Les raisons de ce refus figurent parmi les histoires qu’il développe dans l’interview. Elles illustrent le regard qu’il porte aujourd’hui sur sa carrière : « Avec qui et pourquoi on l’a fait ? »

Cette fidélité n’efface pas son respect pour Nancy. La rivalité existe pleinement les jours de derby, mais elle ne l’empêche pas de reconnaître ce que chacun des deux clubs lorrains a apporté à sa formation, à sa carrière et à son identité.

Du vestiaire au banc, adjoint de Joël Muller puis entraineur principal

La transition vers le métier d’entraîneur s’effectue naturellement au FC Metz. Après sa carrière de joueur, Albert Cartier devient l’adjoint de Joël Muller et prolonge ainsi son histoire avec le club. Depuis le banc, il participe aux grandes campagnes européennes des années 1990 et à la saison 1997-1998, conclue à la deuxième place du championnat derrière Lens.

Cette période d’apprentissage lui permet d’observer la gestion d’un groupe de haut niveau avant de devenir numéro un en décembre 2000. Il doit alors prendre des décisions qui ne concernent plus seulement le jeu, mais aussi les hommes. La plus douloureuse touche Sylvain Kastendeuch, figure immense du FC Metz, qui ne correspond plus à ses plans sportifs. Un choix difficile, mais fondateur dans la construction du jeune entraîneur.

Lorsqu’il quitte Metz, Albert Cartier y voit l’occasion de sortir de son environnement et d’apprendre autrement. Il entame alors un long voyage professionnel. Gueugnon lui offre un projet sportif et familial, fidèle au discours transmis à ses filles : « Faire le métier qu’on aime. » La Belgique lui permet ensuite de connaître des contextes très différents.

De La Louvière au FC Brussels, de Mons à Tubize, Albert Cartier raconte des saisons magnifiques, des présidents atypiques et des opérations maintien menées avec des joueurs combatifs. En Grèce, au Panthrakikos, il découvre une atmosphère singulière. À Eupen, son aventure se termine dans des conditions qu’il détaille sans détour. Une chose demeure : « Se sentir désiré dans un club, c’est une sensation agréable. »

Relever le FC Metz, du National à la Ligue 1

Son retour au FC Metz en 2012 constitue le cœur de sa carrière d’entraîneur. Le club vient de descendre en National, une première dans son histoire, et doit retrouver une direction. Albert Cartier ne se présente pas seulement comme l’homme chargé d’appliquer un projet : il explique avoir participé à son élaboration.

La reconstruction repose sur un équilibre précis entre les « leaders de combat » et les « leaders de jeu ». Les premiers doivent incarner la générosité, l’engagement et la capacité à résister lorsque le match devient difficile. Les seconds apportent la maîtrise et la créativité. Autour d’eux, le staff rassemble des joueurs formés au club et des éléments expérimentés capables de transmettre les exigences du haut niveau.

La première étape est franchie dès 2013 avec la remontée en Ligue 2. Albert Cartier assume alors une identité d’entraîneur fondée sur la rigueur, la proximité avec ses joueurs et la recherche de l’équilibre collectif. Plusieurs anecdotes racontées dans l’entretien permettent d’en saisir concrètement les contours.

La saison suivante offre plusieurs rencontres devenues emblématiques, dont le derby remporté face à l’AS Nancy-Lorraine. À travers les résultats et les célébrations se dessine surtout un groupe uni, porté par tout un club et des supporters qui recommencent à croire en leur équipe. Le FC Metz décroche le titre de champion de Ligue 2 et retrouve l’élite seulement deux ans après sa relégation en National.

« La Ligue 1, je l’ai voulue et je l’ai vécue », résume Albert Cartier. La formule traduit l’intensité d’un objectif désiré sans avoir été proclamé chaque semaine. En 2014, il reçoit le trophée UNFP du meilleur entraîneur de Ligue 2, mais présente toujours cette réussite comme celle d’un collectif.

Crédit photo : DR (fournie par Albert Cartier)

Les réussites, les revers et la fidélité aux hommes

Le retour en Ligue 1 ne connaît pas la même issue. Après un début de saison encourageant, l’effectif messin s’affaiblit et ne parvient pas à éviter la relégation. Albert Cartier livre un constat lucide sur les limites rencontrées, sans effacer l’exploit accompli au cours des deux saisons précédentes.

Son parcours se poursuit à Sochaux, où une expérience bien engagée prend fin après un conflit interne, puis en Corse. Au Gazélec Ajaccio comme à Bastia-Borgo, il apprécie ses relations avec des personnes qu’il décrit comme authentiques. En janvier 2022, il rejoint l’AS Nancy-Lorraine, son premier club professionnel, alors plongé dans une situation sportive extrêmement délicate.

La mission n’aboutit pas malgré le retour de plusieurs anciens Messins venus tenter de sauver l’ASNL. Ce passage rappelle néanmoins la place particulière occupée par les deux clubs lorrains dans sa vie. Joueur de Nancy puis de Metz, entraîneur des deux institutions, Albert Cartier revendique le droit de respecter leurs histoires sans renier ses attaches.

Lorsqu’il évoque les nombreux joueurs dirigés, il distingue Robert Pirès, qu’il présente comme le meilleur aussi bien sportivement qu’humainement. Cette appréciation résume sa manière d’évaluer une carrière : le talent compte, mais jamais indépendamment de la personne.

AC Milan – PSG à San Siro : Albert Cartier avec Pascal Lenevé, son ami d’enfance de Vagney – Crédit photo : DR (fournie par Albert Cartier)

« Le plaisir » comme fil conducteur

Albert Cartier porte un regard attentif sur l’évolution du football. Les méthodes, les joueurs et les championnats ont changé. La Ligue 2 lui apparaît notamment plus difficile et homogène qu’auparavant. Pourtant, ses fondamentaux demeurent : l’exigence, le travail, la transmission et la capacité à bâtir un véritable groupe.

Sa proximité avec les supporters traverse les deux parties de son parcours. « Je me suis toujours battu pour les supporters », affirme l’ancien défenseur. Entraîneur, il conserve la volonté d’expliquer, de partager et de représenter dignement le club auquel il appartient. Cette relation donne du sens aux efforts consentis et aux émotions vécues.

Invité à choisir un mot pour définir l’ensemble de sa carrière, Albert Cartier retient celui de « plaisir » et explique : « Je ne me suis jamais amusé sur un terrain de football, mais j’y ai pris du plaisir, beaucoup de plaisir. » Une phrase simple qui résume le parcours du jeune skieur de Vagney devenu footballeur professionnel, du défenseur vainqueur de la Coupe de France, de l’adjoint devenu numéro un et de l’entraîneur ayant ramené le FC Metz du National à la Ligue 1.

Les deux entretiens consacrés aux carrières de joueur et d’entraîneur d’Albert Cartier, intitulés : « Albert Cartier : de Vagney à Nancy puis au FC Metz, une carrière guidée par des valeurs » et « Albert Cartier : des bancs du FC Metz à l’étranger, son incroyable parcours » sont à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.

Crédit photo à la une : Nolwenn Le Gouic / Icon Sport