Bernard Zénier : « Toute ma vie, je l’ai passée dans le football »

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Bernard Zénier : « Toute ma vie, je l’ai passée dans le football »

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Ancien attaquant du FC Metz, champion de France avec Bordeaux et meilleur buteur de Division 1 en 1987, Bernard Zénier s’est longuement confié dans un entretien accordé à Hugo Jaskowiak. De son enfance à Florange à la Coupe de France 1988, l’ancien international raconte une carrière guidée avant tout par la passion.

L’histoire de Bernard Zénier commence à Giraumont, commune minière de Meurthe-et-Moselle qui comptait environ 1 500 habitants. Un village à l’incroyable héritage footballistique, puisqu’il a vu naître ou grandir 18 joueurs professionnels, six internationaux français et trois meilleurs buteurs de Division 1. « C’est la plus grande ville du monde du football », affirme avec fierté Bernard Zénier. Le football est également une histoire de famille. Son père Serge, plusieurs de ses oncles et lui-même ont évolué chez les professionnels.

C’est pourtant à l’ES Florange-Ébange, aujourd’hui devenue l’AS Florange, qu’il commence à jouer. Après une blessure ayant interrompu sa carrière, son père devient gardien du stade de Florange. Le jeune Bernard peut alors passer une grande partie de son temps sur les terrains. « Je sortais de l’école, je faisais mes devoirs vite fait, je prenais un ballon et j’étais sur le terrain. C’était le paradis. C’était foot, foot, foot tout le temps. »

Dès l’enfance, il rêve d’en faire son métier. À huit ou neuf ans, un médecin tente pourtant de le ramener à la raison : « Non, mon petit, ça, ce n’est pas un métier. Il faut te l’enlever de la tête. » Une remarque qui produit l’effet inverse chez Bernard Zénier qui dira à sa mère : « Moi, je veux être footballeur, je serai footballeur. »

Saint-Étienne refusé, le FC Metz choisi

Son talent l’amène rapidement au sein des sélections régionales et nationales. Avec la Lorraine, il remporte la Coupe nationale des cadets en dominant la Corse 4-0 en finale au Parc des Princes. Bernard Zénier estime avoir inscrit douze ou treize buts au cours de cette campagne.

Quelques mois auparavant, l’AS Saint-Étienne, alors référence du football français, l’avait invité à s’entraîner avec son équipe professionnelle. Robert Herbin souhaite le recruter, tandis que son père l’encourage à accepter. Mais le jeune joueur décline. « J’ai dit à mon père : “Mais papa, je ne jouerai jamais à Saint-Étienne.” Ils étaient tous internationaux. »

Bernard Zénier ne s’imagine pas pouvoir gagner sa place au milieu des vedettes stéphanoises. Il choisit finalement le FC Metz, après avoir notamment été courtisé avec insistance par Carlo Molinari, venu régulièrement rencontrer ses parents pendant près d’un an.

Le 16 août 1974, à seulement 16 ans et 11 mois, il dispute son premier match de Division 1 face à l’Olympique Lyonnais. Titularisé à la surprise générale, il inscrit déjà son premier but chez les professionnels.

Son intégration dans le vestiaire ne se fait toutefois pas sans quelques rites de passage. Les jeunes se changent séparément des professionnels et attendent que les anciens soient installés avant de monter dans le bus, afin de ne pas prendre leur place habituelle. « C’était un peu le baptême du feu. Mais après, si tu montrais sur le terrain que tu étais capable, ils ne disaient plus rien. »

Crédit photo : Wikimedia Commons

Une Coupe du monde envolée au dernier moment

En 1977, Bernard Zénier inscrit cinq buts lors d’une rencontre de Coupe de France face à Chaumont. Une performance qui lui ouvre les portes de l’équipe de France. Pour sa première sélection face à l’Allemagne de l’Ouest, championne du monde en titre, cinq joueurs lorrains se retrouvent sur la pelouse en seconde période : André Rey, Patrick Battiston, Michel Platini, Olivier Rouyer et Bernard Zénier. Les Bleus s’imposent 1-0 grâce à un but de Rouyer.

Michel Hidalgo connaît alors parfaitement l’attaquant messin, qu’il avait déjà dirigé en sélection nationale chez les cadets. En 1982, le sélectionneur envisage de l’emmener à la Coupe du monde en Espagne. Bernard Zénier vient de participer à deux rencontres avec les Bleus et de marquer face à l’Irlande du Nord. Mais lors du dernier match de championnat, une semaine avant le début du stage de préparation, son genou cède. « Quand tu rates le train, tu rates le train. Après, au revoir. »

Malgré cette immense déception, il refuse de s’apitoyer sur son sort. Opéré et éloigné des terrains pendant six mois, il promet à son ami Michel Ettorre qu’il rejouera. Quelques années plus tard, en 1987 avec le FC Metz, il terminera meilleur buteur du championnat avec 18 buts.

Crédit photo : DR (fournie par Bernard Zénier)

De Nancy à Bordeaux, avant le départ vers l’OM

En 1978, le départ forcé de Carlo Molinari pousse Bernard Zénier à quitter le FC Metz. Il ne souhaite pas poursuivre l’aventure après ce qui vient de se produire au sein du club. Déjà intéressée avant sa signature à Metz, l’AS Nancy-Lorraine profite de l’occasion pour revenir à la charge.

Il y retrouve une équipe particulièrement talentueuse, composée notamment de Michel Platini, Olivier Rouyer, Jean-Michel Moutier, Carlos Curbelo ou encore Philippe Jeannol. Platini est déjà au-dessus du lot, mais Bernard Zénier se souvient aussi de sa personnalité : « C’était le roi des chambreurs. Moi, je suis un chambreur, mais lui est encore plus chambreur que moi. »

La rivalité avec le FC Metz existe, mais elle reste saine. Les joueurs se téléphonent et se fréquentent en dehors des rencontres. Pendant 90 minutes, chacun défend ses couleurs sans faire de cadeau. Une fois le match terminé, les amitiés reprennent immédiatement leurs droits. Après cinq saisons à Nancy, Bernard Zénier rejoint Bordeaux en compagnie de ses amis Patrick Battiston et Thierry Tusseau. Dans une équipe composée presque exclusivement d’internationaux, il devient champion de France en 1984.

Il conserve aussi une immense estime pour Aimé Jacquet : « Footballistiquement parlant, le meilleur entraîneur que j’ai eu, c’est Jacquet. » Il salue un homme droit, capable de varier ses séances et d’éviter que les joueurs ne s’installent dans la routine.

Son départ pour Marseille constitue en revanche son principal regret. Relégué sur le banc lors des deux derniers mois de la saison bordelaise, il annonce son départ malgré les tentatives de Jacquet et du président Claude Bez pour le retenir. « J’assume ma connerie, parce que c’était une connerie. J’aurais dû rester à Bordeaux et ne pas aller à Marseille. »

Bernard Zénier vit deux saisons difficiles à l’OM, malgré dix buts inscrits lors de chacune d’elles. Il assume néanmoins pleinement une décision que personne ne l’avait forcé à prendre.

« Moi, mon club, c’est Metz »

Crédit photo : Hugo Jaskowiak

En janvier 1986, le FC Metz est en déplacement à Bastia pour un stage hivernal. Carlo Molinari demande alors à Marcel Husson de rencontrer Bernard Zénier à Marseille. Pendant toute une journée, l’entraîneur lui expose son projet de jeu offensif et les contours de la future équipe messine. Séduit et désireux de retrouver son club, l’attaquant accepte. « Bordeaux, c’était l’échelon au-dessus. Tous les joueurs étaient quasiment internationaux. Mais moi, mon club, c’est Metz quand même. »

Pour sa première saison après son retour, Bernard Zénier inscrit 18 buts et termine meilleur buteur de Division 1. Une distinction qu’il relativise avec humour, rappelant qu’il avait d’abord été positionné derrière Éric Black. Lorsque l’Écossais se blesse au dos, il évolue plus près du but et inscrit neuf nouveaux buts pendant la seconde partie de saison. Un an plus tard, il remporte la Coupe de France face à Sochaux. Un accomplissement qu’il place encore au-dessus de son titre de champion avec Bordeaux.

Menés au score, les Grenats égalisent juste avant la pause grâce à Éric Black, sur un corner frappé par Bernard Zénier. Après les prolongations, Metz réussit ses cinq tirs au but avant que Michel Ettorre ne repousse la dernière tentative sochalienne. « Pendant une demi-heure, trois quarts d’heure, j’ai eu l’impression que j’étais dans un nuage. J’étais un mètre au-dessus du sol. »

Plus que le trophée, Bernard Zénier retient les liens indestructibles créés par cette aventure : « Quand c’est dur, il faut se bagarrer, s’arracher, aller aider le copain. Tout cela crée des liens qui sont encore là aujourd’hui. »

Une vie entière guidée par la passion

Avec 466 matchs et 130 buts en Division 1, Bernard Zénier mesure la chance d’avoir réalisé son rêve d’enfant. Il insiste pourtant moins sur les statistiques que sur ce qui l’a poussé à jouer. « Avant tout, ce n’est pas le fric, c’est la passion qui nous a guidés. Je voulais jouer au football. Quand j’ai disputé mon premier match, je me suis dit : “J’ai joué avec les professionnels.” C’était mon rêve de gosse. »

L’ancien Grenat se montre préoccupé lorsqu’il entend certains jeunes lui demander en priorité combien d’argent il a gagné. À ses yeux, les qualités techniques et physiques ne suffisent pas pour atteindre le haut niveau. Il faut également posséder un mental solide et une passion capable de surmonter les blessures, les critiques et les périodes difficiles.

Une passion qui ne l’a jamais quitté. Consultant du Graoully Mag depuis une quinzaine d’années, Bernard Zénier continue de livrer son regard sans chercher à plaire : « Si c’est bien, je dis que c’est bien. Si ce n’est pas bien, je dis que ce n’est pas bien. »

Plus de cinquante ans après ses débuts, le football occupe donc toujours la même place dans sa vie. « Je rêvais de ça et toute ma vie, je l’ai passée dans le football. C’est miraculeux. »

L’entretien complet « Bernard Zénier : de Giraumont à meilleur buteur de D1 avec le FC Metz » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.