81 Enseignant d’EPS, ancien gardien et actuellement entraîneur de la RS Magny Futsal, Yannick Zannetti s’est confié sur un parcours construit autour du sport. Du football pratiqué dans les quartiers de Woippy à son ambition de conduire une équipe messine en D2 futsal, il raconte une vie guidée par la transmission, l’exigence et la persévérance. La passion naît dans la cour de récréation. À Woippy, le football rythme les sorties de classe et les rencontres entre quartiers. Yannick Zannetti grandit à quelques mètres d’un stade et improvise des buts avec des vélos ou des sacs d’école. L’influence de son père, gardien au football comme au handball, l’attire rapidement vers ce poste particulier. « La passion pour le football, c’est vraiment la cour de récréation. J’ai grandi à 50 mètres d’un stade de foot : quand je sortais de chez moi, le stade me tendait les bras. » Avant de prendre sa première licence, il découvre pourtant plusieurs disciplines. Il pratique la natation, le tennis et le judo, conformément à la volonté de ses parents de le laisser essayer. Il rejoint finalement le FC Woippy, le club de sa ville et de ses amis. Dans une génération performante, il développe immédiatement le goût de la compétition. Lorsque le club ne peut plus lui offrir le plus haut niveau régional et national, il rejoint la RS Magny. Ce choix lui permet de poursuivre son développement tout en affrontant certaines des meilleures équipes de jeunes. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Les sections sportives et le rêve professionnel Le football prend une autre dimension avec les sections sportives du secteur messin puis de Thionville. Yannick Zannetti côtoie notamment Ludovic Obraniak et découvre l’exigence de Pierre Taesch. L’entraînement quotidien avec les meilleurs jeunes du secteur lui fait mesurer le chemin qui le sépare encore des structures professionnelles. « Ces sections sportives m’ont appris un niveau d’exigence supérieur. J’ai découvert des joueurs d’une qualité supérieure et cela m’a beaucoup appris. » L’internat à Thionville l’éloigne ensuite de sa famille et l’oblige à gagner en autonomie. Le rêve de devenir professionnel reste présent. Plusieurs clubs, parmi lesquels figurent le FC Metz et le RC Lens, suivent son évolution. Il attend les appels de fin de saison, mais aucune intégration en centre de formation ne se concrétise. « Je suis un éternel frustré de la vie de footballeur professionnel. J’ai fait beaucoup d’efforts pour essayer. Je suis resté à la porte des structures professionnelles. » Cette déception ne l’empêche pas de mesurer le chemin parcouru. Avec Magny, il évolue en U15 puis en U18 Nationaux. La victoire contre Strasbourg et la quatrième place obtenue en U15, meilleur classement de l’histoire du club selon lui, restent profondément ancrées dans sa mémoire. « Jouer en U15 et en U18 Nationaux, ça reste gravé. Je t’en parle avec de la passion parce que ce sont des souvenirs incroyables. » La Coupe nationale des régions lui offre ensuite une nouvelle occasion de se mesurer à un niveau élevé. Titulaire avec la sélection lorraine, il réalise une compétition aboutie qui relance l’intérêt de clubs professionnels. Le résultat collectif laisse davantage de regrets, mais la présence de ses parents transforme l’événement en souvenir familial. Il pense aux nombreux trajets consentis par son père pour l’accompagner. La Gambardella et la force du collectif À la fin de sa formation, Yannick Zannetti atteint les huitièmes de finale de la Coupe Gambardella. Il n’est alors pas le gardien titulaire, mais cette aventure devient l’un de ses souvenirs les plus formateurs. Sur le banc, il comprend qu’un joueur peut contribuer à la performance sans être directement sur le terrain. Il accompagne Cédric Albert, le titulaire, échange individuellement avec ses partenaires et observe attentivement les entraîneurs. Cette expérience nourrit déjà sa future manière de gérer un groupe. « Je me suis aussi rendu compte de l’importance et de la force du groupe. J’ai pris énormément de place dans le groupe alors que je ne jouais pas. » Son passage vers les seniors est plus difficile. Après des années marquées par les déplacements, les sacrifices et le rêve professionnel, il ressent le besoin de couper. Il s’éloigne du football pendant plusieurs saisons avant de retrouver progressivement les terrains grâce à une équipe de copains. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Quatre titres consécutifs avec l’ES Metz Son retour débouche sur une aventure exceptionnelle avec l’ES Metz. L’équipe, composée d’amis et dépourvue de moyens importants, gravit les divisions grâce à un noyau fidèle. Yannick Zannetti participe à quatre titres de champion consécutifs, du niveau départemental jusqu’au plus haut échelon régional. « Quelle que soit la division, être champion quatre années d’affilée ça reste quand même une performance. Nous l’avons surtout fait avec un état d’esprit qui était incroyable. » Le titre permettant d’accéder à la Division d’Honneur occupe une place particulière. Il représente alors le plafond de verre du club et l’aboutissement d’une progression collective. L’histoire donne aussi naissance à une anecdote : après avoir fêté le sacre jusqu’au petit matin, l’enseignant doit prévenir son chef d’établissement de son absence. Celui-ci comprend immédiatement la véritable raison et lui accorde sa journée. Gardien moderne avant l’heure, Yannick Zannetti aime évoluer loin de sa ligne et intervenir dans les pieds. Inspiré par Fabien Barthez et Peter Schmeichel, il s’appuie sur son anticipation et ses fermetures d’angle. Il reconnaît en revanche des limites dans le jeu aérien et les relances longues. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Enseigner pour continuer à transmettre Lorsque la perspective d’une carrière professionnelle s’éloigne, le métier d’enseignant d’EPS s’impose naturellement. Passionné par toutes les disciplines, il envisage également l’histoire-géographie puis le journalisme sportif, mais reste attiré par la transmission. Après deux échecs, il obtient le CAPEPS à sa troisième tentative. En 2019, il décroche aussi l’agrégation interne d’EPS, là encore après plusieurs essais. La réussite est indissociable du soutien de son épouse Laetitia et de leurs enfants, dans une période familiale particulièrement exigeante. « Sans le soutien de Laetitia, ma compagne, je n’y serais jamais arrivé. On s’est serré les coudes comme jamais et elle a compris l’importance que ce concours avait pour moi. » L’agrégation lui permet de questionner sa pratique et d’intervenir dans la formation des futurs enseignants. Elle confirme surtout une caractéristique constante de son parcours : il avance progressivement, accepte les échecs et recommence jusqu’à atteindre son objectif. Concilier l’enseignement, le football et la vie familiale demande une organisation permanente. Ses deux fils, passionnés de sport, comprennent son investissement et l’accompagnent parfois aux séances. Il sait aussi ce qu’il doit à Guillaume Vanaverbeck, avec lequel il partage la construction de ses projets. Leur complémentarité lui permet d’assumer un calendrier dense sans perdre le plaisir qui nourrit son engagement. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Du gardien à l’entraîneur Sa reconversion sportive débute à l’ES Jœuf, où son oncle est président et ses cousins joueurs. Devenir entraîneur des gardiens lui permet de conserver un lien avec le terrain sans retrouver immédiatement les contraintes quotidiennes d’un entraîneur principal. « Être entraîneur des gardiens et de ne pas être au quotidien au stade ça m’a permis de faire la transition entre ma carrière de joueur et ce que je vis à l’heure actuelle en tant qu’entraîneur. » Il rejoint ensuite l’APM Metz et prend en charge les gardiens de la fin de formation jusqu’aux seniors. L’expérience lui laisse de beaux souvenirs, mais aussi un sentiment d’inachevé : la méthodologie qu’il voulait installer n’a pas pu être développée complètement. Sa conception de la formation dépasse néanmoins la répétition technique. Il refuse la spécialisation trop précoce et utilise la gymnastique, le renforcement, les jeux réduits ou des ballons de formes différentes. Pour lui, l’entraîneur doit adapter le geste recherché aux caractéristiques propres à chaque gardien. « La véritable expertise, c’est d’être capable de s’adapter aux caractéristiques du gardien et de l’amener le plus proche possible au geste parfait en respectant ses caractéristiques. » Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Le futsal comme nouvelle voie En 2020, Yannick Zannetti prend la responsabilité technique de la section sportive futsal du collège François Rabelais. Le projet devait initialement concerner le football féminin, avant d’être réorienté vers une discipline encore peu structurée à Metz. D’abord chargé du suivi pédagogique, il accepte finalement d’en assurer également le contenu technique. Il découvre une activité fondée sur l’intensité, les prises d’information permanentes et la proximité entre l’entraîneur et ses joueurs. Cette nouvelle passion le conduit à prendre l’équipe de Régional 1 de l’APM Metz, puis à diriger le sport-études futsal du lycée Robert-Schuman. « En futsal, tu es sollicité en permanence. Ce qui m’a vraiment plu dans cette discipline, c’est cette notion d’intensité et de rythme de jeu permanents. » À ses yeux, le futsal représente aussi un formidable outil de formation pour le football à onze. Les espaces réduits obligent les joueurs à percevoir plus rapidement, à traiter davantage d’informations et à décider sous pression. Il défend donc une pratique complémentaire chez les jeunes avant toute spécialisation. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Revenir à la RS Magny pour viser plus haut Lorsque l’aventure de l’APM Futsal s’arrête, le RS Magny accueille rapidement le projet. Ce retour possède une forte dimension affective. Aux côtés de Guillaume Vanaverbeck, son fidèle partenaire, Yannick Zannetti construit une équipe très jeune et accompagne des joueurs encore en formation sportive, scolaire et personnelle. Crédit photo : DR (fournie par Yannick Zannetti) Après une finale puis une demi-finale de play-offs, l’ambition est claire : accéder un jour à la D2 nationale. Le projet se heurte cependant au manque de créneaux, à des gymnases parfois inadaptés, aux coûts des déplacements et à la difficulté d’installer une véritable culture futsal en Lorraine. « Si un club veut se structurer sportivement, il a besoin d’infrastructures. C’est vraiment ce dont nous avons le plus besoin. » Le RS Magny souhaite désormais créer une réserve et développer des équipes de jeunes pour construire une filière complète. Yannick Zannetti veut permettre aux joueurs de pratiquer les deux footballs avant de choisir leur voie. « Metz mérite une équipe en D2 nationale de futsal. Cette ville et ce bassin de population ont toutes les ressources pour y arriver. » Invité à résumer son parcours en un mot, il choisit finalement « persévérance ». Un terme qui relie l’enfant de Woippy, le gardien resté aux portes du monde professionnel, l’enseignant agrégé et l’entraîneur décidé à faire grandir le futsal mosellan. L’entretien complet « Yannick Zannetti : un coach persévérant et passionné » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.