279 Ancien attaquant du FC Metz, Toni Kurbos a inscrit son nom dans l’histoire du club grâce à deux performances hors normes : six buts marqués dans un même match de championnat et un triplé devenu légendaire au Camp Nou. Il raconte un parcours guidé par la vitesse, l’instinct et le goût du collectif. Toni Kurbos naît à Maribor, dans l’ancienne Yougoslavie, avant de rejoindre l’Allemagne avec ses parents à l’âge de six ans. Ses souvenirs d’enfance se construisent principalement à Stuttgart, mais sa passion pour le ballon apparaît encore plus tôt, sous l’influence de son frère aîné. « J’avais un frère qui avait six ans de plus que moi et qui était fou de foot. À peine j’ai marché, il m’a pris par la main : “Allez, on va jouer au foot.” J’ai commencé comme ça, jouer au foot, avec mon frère. » Repéré lors d’un match avec son club de quartier, il rejoint les Stuttgarter Kickers vers l’âge de onze ans. Les titres régionaux s’enchaînent jusqu’à un sacre national chez les jeunes. Il découvre ensuite la deuxième division allemande et côtoie notamment Guido Buchwald, futur champion du monde en 1990. Un changement d’entraîneur réduit cependant son temps de jeu. Désireux de poursuivre sa progression sur le terrain plutôt que d’attendre, il accepte une proposition du KSK Tongres, en Belgique. Sa carrière change alors de direction, au sens propre comme au figuré. Formé comme arrière droit, progressivement avancé au milieu puis sur une aile, il est finalement installé en pointe. Après quelques mois d’adaptation, les buts arrivent et attirent l’attention du FC Metz. « Au début, j’avais un peu de mal. Mais au bout de quelques mois, j’ai compris comment il voulait que je joue et là, j’ai commencé à marquer pas mal de buts. C’est comme ça que le FC Metz m’a contacté. » Crédit photo : DR (fournie par Toni Kurbos au côté de son grand frère) Metz, une adaptation immédiate et une famille Avant même sa signature, Toni Kurbos se distingue lors d’un match de préparation remporté 4-0 par les Grenats où il signe un quadruplé. L’essai convainc les dirigeants et lance son aventure lorraine en 1982. Il ne parle alors pratiquement pas français, mais son intégration sportive et humaine est immédiate. L’attaquant insiste sur l’importance de ses partenaires. Jean-Paul Bernad, meneur de jeu et capitaine, comprend parfaitement ses appels et exploite sa vitesse par des passes en profondeur. À ses côtés, Merry Krimau et les autres cadres l’aident à trouver sa place dans un groupe sans vedettariat. Kurbos inscrit 17 buts en championnat dès sa première saison messine. « Je me suis senti comme chez moi dans cette équipe, carrément dans une famille. » Cette expression revient constamment dans son récit. Pour lui, les succès de l’époque ne reposent pas seulement sur les qualités individuelles : ils naissent d’un groupe dont les membres se fréquentent, s’entraident et jouent les uns pour les autres. Six buts à Nîmes, une soirée inexplicable Le 7 avril 1984, le FC Metz s’impose 7-3 sur le terrain de Nîmes. Toni Kurbos marque à lui seul six des sept buts grenats, une performance restée unique dans l’histoire du championnat de France de première division. L’attaquant l’explique moins par une recette précise que par cet état de confiance absolue que connaissent parfois les buteurs. « Il y a des jours comme ça, pour un attaquant, où tout marche, tout fonctionne. » Il rappelle néanmoins le rôle essentiel de ses coéquipiers, dont le jeu correspond parfaitement à ses qualités. Ballons dans la profondeur, centres et déplacements complémentaires lui permettent de marquer aussi bien du pied que de la tête malgré son mètre soixante-treize. Ce sextuplé demeure l’un des sommets individuels de sa carrière, mais le printemps 1984 lui réserve bientôt une joie plus collective. Crédit photo : DR (fournie par Toni Kurbos avec son équipe lors du match face à Nîmes remporté 7-3) La Coupe de France offerte à la Lorraine Quelques semaines plus tard, le FC Metz affronte l’AS Monaco en finale de la Coupe de France au Parc des Princes. Face à une formation favorite sur le papier, les Messins résistent puis font la différence durant la prolongation. Toni Kurbos participe à l’ouverture du score de Philippe Hinschberger avant d’inscrire le second but. Metz s’impose 2-0 et remporte la première Coupe de France de son histoire. A LIRE AUSSI – Sylvain Kastendeuch : l’élégance, la fidélité et le rêve FC Metz L’attaquant garde surtout en mémoire les milliers de Lorrains venus à Paris et un stade qui lui donne l’impression de jouer à domicile. Dans une région frappée par les difficultés industrielles, le trophée dépasse le seul cadre du football. « On jouait avec notre cœur. On avait une équipe qui jouait avec un grand, grand cœur, qui se donnait à fond… Un truc de fou. » À son retour à Metz, la célébration prend une tournure presque irréelle : porté par les supporters, Kurbos raconte ne pas avoir posé un pied par terre entre la descente du bus et l’entrée dans le restaurant où l’équipe se réunit. Plus encore que son sextuplé, cette victoire représente à ses yeux un titre partagé avec tout un peuple. Crédit photo : Derrière le masque (Victoire face à Monaco en finale de Coupe de France 1984 sur le score de 2-0) Barcelone, du voyage sans illusion à l’exploit absolu Quelques mois plus tard, Metz découvre la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Battus 4-2 à Saint-Symphorien par le FC Barcelone, les Grenats semblent éliminés avant le retour. Toni Kurbos le reconnaît franchement : dans le vestiaire, presque personne n’imagine une qualification au Camp Nou. L’objectif est d’abord de montrer que Metz possède une véritable équipe. « On voulait absolument montrer à ces gens là qu’on était quand même une belle équipe, qu’on savait jouer au foot et qu’on n’était pas des charlots. » Barcelone ouvre pourtant le score. Kurbos égalise avant qu’un but contre son camp ne permette à Metz de mener 2-1 à la pause. Les discours de Jean-Paul Bernad et de Marcel Husson changent alors la perception du groupe : les défenseurs catalans souffrent face à la vitesse de l’attaquant et l’impossible commence à devenir envisageable. En seconde période, Kurbos s’échappe, élimine le gardien et inscrit le troisième but messin. Emporté par son élan, il sort légèrement du terrain et reçoit un carton jaune qu’il ne comprend pas sur le moment. Il marque ensuite une troisième fois, sur un service de Jules Bocandé. Le FC Metz gagne 4-1 et renverse la double confrontation. « On est qualifiés… C’est un truc de fou. Les supporters de Barcelone quittaient le stade et nous, on était aux anges. » Cette nuit du 3 octobre 1984 reste l’un des plus grands exploits du football français en Coupe d’Europe. Elle résume aussi le Toni Kurbos de Metz : des courses verticales, une vitesse dévastatrice et une efficacité capable de faire basculer une rencontre. Crédit photo : KIKE PEREZ DE ROZAS / EFE De Saint-Étienne à Nice, d’autres défis Après trois saisons en grenat et 38 buts en championnat, Toni Kurbos rejoint l’AS Saint-Étienne en 1985. Henryk Kasperczak, son ancien entraîneur à Metz, insiste pour le faire venir. Associé notamment à Roger Milla, il participe au titre de champion de Division 2 et au retour des Verts parmi l’élite. Il poursuit ensuite sa carrière à Mulhouse, puis retrouve la Division 1 avec l’OGC Nice. Sur la Côte d’Azur, il découvre un effectif riche en individualités mais moins cohérent collectivement que celui de Metz. Une grave blessure au genou freine son élan. Il laisse toutefois une image spectaculaire au stade du Ray grâce à une bicyclette inscrite contre le Paris Saint-Germain le 17 octobre 1987, lors d’une victoire 2-0. « Il a été élu le plus beau but de l’histoire de l’OGC Nice. » Après un bref passage à Monaco, il rejoint Dunkerque, une expérience qu’il considère comme une erreur sportive. Alors que ses douleurs à la cheville le poussent à envisager la retraite, un appel de la JS Saint-Pierroise lui paraît d’abord être une plaisanterie. Il accepte finalement de partir à La Réunion, où il vit une dernière aventure humaine avant de mettre un terme à sa carrière. Crédit photo : DR (fournie par Toni Kurbos) Des voitures, des souvenirs et une fidélité intacte Sa reconversion se dessine naturellement autour de l’automobile. Élevé à Stuttgart, ville de Mercedes et Porsche, Toni Kurbos développe dès sa carrière de joueur un réseau et un intérêt pour le commerce de voitures. Il crée ensuite sa société et exerce cette activité pendant environ vingt-cinq ans avant de prendre sa retraite. Le football reste cependant très présent. Lorsqu’il évoque Metz, les statistiques s’effacent derrière les visages. Il cite Jean-Paul Bernad, Marcel Husson et surtout Michel Ettorre, qui habitait le même immeuble et l’avait accompagné à son arrivée en France. « Michel, c’est comme un grand frère. […] J’avais 21 ou 22 ans, ce n’est rien. » Crédit photo : DR (fournie par Toni Kurbos) Son message final s’adresse naturellement au public grenat. Malgré les montées, les descentes et les périodes plus difficiles, il voit dans la fidélité des tribunes l’une des grandes forces du FC Metz. « Ce qui fait les grandes valeurs de ce club, ce sont surtout les supporters, qui sont toujours fidèles. » Plus de quarante ans après ses exploits, Toni Kurbos demeure ainsi associé à une époque où Metz pouvait conquérir une coupe nationale, battre Barcelone chez lui et transformer un groupe de joueurs en véritable famille. Invité à résumer sa carrière en un mot, il choisit simplement : « Magnifique. » L’entretien complet « Toni Kurbos : l’artilleur du FC Metz qui avait le but dans le sang » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.