« Le soleil se lève à l’Est… » Episode 1: la préhistoire

 

Quelques heures après notre sacre de champions de France de ligue 2 face à Valenciennes en mai dernier, et alors que sur les réseaux sociaux s’échangeaient une myriade de messages euphoriques :

 

T’es parti où en seconde mi-temps Fox ?

– J’étais au-dessus des escaliers, au milieu du bloc, avec la Section Graoully.

 

Allez dire ça à certains jeunes de la tribune Est, et ils vous jetteront des regards apeurés, interrogatifs et suspicieux. Y en a même qui demandent « C’est qui ce Madani tout suintant qui s’égosille sans micro sur le perchoir ? »

Fort heureusement, beaucoup connaissent le passé.

Ce passé glorieux qu’il me plaît tant de conter à mes jeunes amis hordistes quand viennent les soirs d’hiver, tel un ancien combattant rescapé des tranchées. Ils m’écoutent alors d’un air amusé, sénile que je suis à leurs yeux.

Faut dire qu’il y a 25 ans lorsque je rejoignais cette tribu toute d’orange vêtue, la plupart des gars de la Horda n’étaient pas nés, ou bien n’étaient pas en âge d’assister au spectacle d’un FC Metz conquérant, flirtant volontiers avec les places européennes au classement de 1ère division.

– Pourquoi continuer à se considérer comme « section Graoully » alors qu’elle a été dissoute en 1997, bordel, c’était y a 22 ans Fox, remets-toi, maintenant t’es dans le bloc de la Horda Frenetik !

– On reste Graoully pour la vie mon jeune ami. Tout simplement.

 

 

C’est vrai, ça m’arrive de quitter mon siège situé quelques mètres plus loin et de venir au milieu des jeunes pour chanter la gloire de la mirabelle et crier mon amour pour ce club historique.

Et même si pour certains je suis, je cite : « un pinpin de sympathisant », j’aime me retrouver dans cette ambiance bonne enfant. Et d’ailleurs je ne me considère pas comme un pinpin.

Encore moins lorsqu’avec certains anciens de la section, nous regardons d’un œil attentif et avisé la nouvelle génération, qui anime avec brio la tribune.

Cette tribune Est que l’on a connue en pierre, et qui s’appelait la seconde.

Les « pinpins » d’ailleurs, je pense qu’ils seront légions dans les rangs hordistes prochainement vu le nombre impressionnant de « nouveaux adhérents » opportunistes faisant écho à la nouvelle tarification « supporter » définie par le club. C’est de bonne guerre et ce sera sans doute le thème d’une autre histoire.

Mais pour l’heure, je vais [encore] te parler d’un temps que les moins de vingt ans ne connaîtront jamais.

Pour mieux comprendre, et si jamais tu ne l’as pas encore lu, voici déjà un dossier rédigé il y a bientôt 2 ans par Olivier, l’ancien capo de la SG. LIRE ICI 

Cet article eut un certain succès auprès de la jeunesse messine et « quelqu’un » m’a suggéré d’en faire un spin-off.

 

  • Avril 2019 :

 

Raf : Bonjour Fox, j’ai relu il y a peu l’article sur la SG avec Olivier, je l’ai trouvé épatant. Si cela t’intéresse, je suis disponible pour te donner ma vision et remettre en perspective par rapport à la tribune Est family. Sinon, et quoiqu’il en soit, puisque tu es un ancien Graoully (que tu es donc resté) ça me fera plaisir de simplement échanger.

-Raf-

« Ni vivant, ni mort, ailleurs ».

 

« Raf »

Pour vous situer, ce mec c’est tout simplement le fondateur de la section Graoully en 1991.

Oui mon gars, 91, ça te parle ?

Mitterrand était encore au pouvoir.

A l’époque sur NRJ, ils passaient du Guns N’Roses, du Metallica, et Skyrock de la grosse techno qui tâche. Les 90’s marquaient le début d’une nouvelle ère.

C’est un pan de l’histoire qui restera gravé dans les mémoires et qui mérite d’être transmis aux jeunes.

C’est cette histoire que nous allons vous conter à travers cette correspondance estivale…

 

06 Mai 2019

Fox :  Salut Raf, t’as pu fêter le titre de là où tu es ? Tu comptes remonter quelques jours sur Metz au moins pour le derby ou pour le dernier match contre Brest ?

Parce que pour la petite histoire, Raf habite Marseille. Tu sais le club où un des groupes de supporters est en orange.

28 mai 2019

Raf : Fox le bonjour, désolé pour le retard de ma réponse.

Je suis heureux que le club et son peuple retrouvent leur place, mais de là à fêter un titre de ligue 2…

J’aime assez quand tu dis qu’on reste Graoully pour la vie. Je crois savoir que beaucoup d’anciens n’ont pas vraiment fait le deuil de la dissolution du groupe.

Et pourtant, d’un point de vue alchimique, ils devraient enfin, plus de 20 ans après, en être heureux.

Les opérations alchimiques consistent en une série de dissolutions-distillations répétées, destinées à séparer, lentement et progressivement, un matériau d’autres, dans un mouvement cyclique et circulaire.

Il n’y a qu’à passer une soirée en Tribune Est à chanter avec la Horda, pour se rendre compte que l’alchimie a finalement fonctionné.

Les membres de la SG n’auraient pu, sans perdre leur âme, survivre au changement de contexte de la fin des années 90, l’important était de préserver l’essentiel afin qu’il survive et puisse croitre.

Il y a autant d’histoires de la Graoullymania que de personnes l’ayant fait vivre.

J’aimerais te conter la mienne.

Non qu’elle ait plus d’importance que d’autres, mais ’étant présent de l’aube au crépuscule et ayant plus qu’influé sur sa trajectoire kaotique, elle présente l’unique avantage de la retracer intégralement.

Levons toute ambiguïté, il ne s’agit pas ici d’une énième ode au temps passé.

Alors bien sur, connaître le passé, c’est comprendre le présent, le célébrer et/ou le combattre en fonction de l’avenir auquel on aspire.

Mais surtout :

« Aujourd’hui n’est que la mémoire d’hier, et demain le rêve d’aujourd’hui » (Khalil Gibran – Le Prophète).

Trêve de litanies et autres circonvolutions, revenons 30 ans en arrière.

 

Introduction : la préhistoire

Mon grand-père m’a amené au stade à l’âge de 9 ans et j’ai de suite été fasciné par ce petit groupe d’irréductibles qui animaient la première, le kop.

Ce n’est que 4 ans plus tard que j’y ai lancé mon premier chant : « Bo-Bo Bocandé ».

J’ai ensuite été autorisé par mes parents à faire des déplacements, et de fil en aiguille, j’ai participé activement aux activités de ce regroupement hétéroclite de fans.

La première était une tribune magique car tout le monde y était débout, que le public était donc plus enclin à reprendre les chants (essayez donc de chanter assis…) et d’une manière générale à participer à l’ambiance.

Nous n’étions pas nombreux, environ 50 à 100 maximum en moyenne, nous déplacions relativement peu, agitions quelques drapeaux, mais Saint-Symphorien était chaud (tant en tribune que sur le terrain).

 

Metz fair-play 1987

 

Précisons ici que je ne me souviens d’aucune discussion de nature politique.

Précisons aussi que même chaudes, les ambiances étaient néanmoins moins puissantes qu’actuellement.

C’était l’époque des cornes de brume qui, d’abord se répondaient avant le match, puis se rejoignaient dans une joyeuse bronca à l’entrée des joueurs, pour reprendre du service à chaque but.

L’époque des épopées en coupe de France, de Barcelone, des premiers matchs de coupe d’Europe (Anderlecht et le o-side…).

Parallèlement, je découvrais les ambiances et tifo du calcio et les correspondants en Europe et en France. Je ne ratais jamais les rares images provenant des stades argentins.

Je me disais déjà, « mais pourquoi pas à Metz ? ».

Vers 1988, nous étions quelques un à prôner une meilleure organisation du kop afin qu’il croisse et attire plus de monde.

La réalisation du voile géant (pour l’époque – merci encore à la maman de celui qui se reconnaîtra) devait donner le cap.

Un logo a été créé, ainsi que des écharpes.

Des cartes de membre ont même été proposées.

Une certaine médiatisation, avec notamment un article dans le répugnant lors d’une rencontre avec Carlo Molinari, est venue soutenir cette période.

Mais, beaucoup d’historiques du kop restaient attachés à un mouvement spontané de fans.

 

 

Cela semblait constituer l’ADN du kop.

En effet, il existait un véritable rejet du mouvement ultra.

 

Metz fair-play 1990

 

La dynamique, ainsi entravée, n’a pu se poursuivre.

En 1990, je suis parti en bus avec le Juventus club de Lorraine pour assister au derby Torino – Juventus.

Le match a été reporté en raison d’une tempête de neige.

25 heures de bus pour ne voir que des tribunes partiellement remplies.

J’y ai fait la rencontre de Seb.

A notre retour, j’ai pris la décision de créer un groupe ultra.

J’étais tout juste majeur, nous étions 2, il fallait que je m’oppose au kop et que d’autres croient en ce rêve.

Heureusement, je me suis finalement rendu compte que nous étions quelque uns à le partager.

…….. à suivre, « l’aube de la Section Graoully »