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JaCkz sous les couleurs de G2 en 2021. ©ESL
JaCkz sous les couleurs de G2 en 2021. ©ESL

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Esport – CSGO, JaCkz : «Quand tu te lèves tous les matins avec l’envie de faire ce que tu fais, c’est le plus important»

A 29 ans, Audric «JaCkz » Jug est devenu un nom incontournable de la scène Counter-Strike. L’ouvreur de chez G2 Esports est revenu sur son enfance à Forbach, ses premiers tournois et son amour surprenant des Girondins de Bordeaux, jusqu’à son éclosion au plus haut niveau mondial.

Entre le moment où il a remporté sa première compétition et celui de sa signature chez G2 Esports, une des organisations les plus renommées dans le monde, le chemin a été long pour Audric «JaCkz » Jug. Si le dernier tournoi, l’ESL Pro League saison 14, ne s’est pas déroulé comme prévu, les bons résultats acquis ces derniers mois ont été plus que positifs. Toujours très souriant et bon vivant, il a accepté de répondre aux questions de Let’s Go Metz.

LGM : « Pouvez-vous vous présenter ?
JaCkz : Je m’appelle Audric Jug, originaire de la belle, la magnifique ville de Forbach. Je suis resté jusqu’à mes 20/21 ans. Après je suis parti à Lyon pour me concentrer sur Counter-Strike. Pendant très longtemps j’ai joué au foot, à l’US Forbach, à Marineau, à l’AS Oeting à la fin avec des amis quand j’ai su que je ne pouvais plus percer. Je m’étais fait une double fracture du tibia deux années de suite.

Quand j’étais petit, j’étais un grand fan de Jean-Claude Darcheville.

Audric « JaCkz » Jug

C’est là que Counter-Strike est arrivé ?
Mon grand frère m’a montré le jeu dans un cybercafé, et j’ai accroché direct. C’était vers mes 9/10 ans. Mon père aimait bien tout ce qui était informatique, console… Il adorait. J’ai baigné dedans, je faisais des parties avec eux de temps en temps. Mais je préférais aller dehors taper dans la balle avec mes amis, faire le Yamakasi sur les garages, tout et n’importe quoi.

Que représente la Moselle pour vous ?
J’adore y revenir, voir ma famille, mais je me voyais pas y rester toute ma vie. Ça représente les sources, la base. J’ai forcément fréquenté Sarrebruck aussi, on allait un peu partout autour. Mais Forbach c’est avant tout ma famille et c’est surtout là que je viens me ressourcer. Maintenant que je suis en Andorre c’est plus compliqué. Mais j’essaye au moins deux, trois fois dans l’année.

Le FC Metz ça vous parle ?
Franchement, pas vraiment. En fait, quand on va à Forbach, y a le péage de l’A4, on appelait ça la barrière. Tous les gens de Metz, de Nancy, ils nous voient un peu comme des bouseux, un peu comme le bas peuple (rire). Ils se disent « on passe le barrage il y a des fous là-bas ! ». Donc on n’y allait pas souvent.

Vous supportez un club en particulier ?
Pour l’histoire, j’étais fan de Bordeaux. Parce que, quand j’étais petit, j’étais un grand fan de Jean-Claude Darcheville, l’attaquant. Et de Pauleta aussi, avant qu’il aille au PSG, mais oui Darcheville. Je ne sais pas, j’aimais bien sa vitesse, sa puissance. Il imposait quelque chose. Donc oui, je viens de Forbach mais je supportais Bordeaux. J’aimais bien leur maillot avec le petit V devant.

Est-ce qu’il y a quand même un souvenir qui ressort de Saint-Symphorien ?
J’y suis allé deux fois. Une fois, j’avais participé au challenge Orange, à la mi-temps. On allait sur le terrain, et on devait marquer un but au gardien d’une autre équipe. Ça reste mon plus beau souvenir, de fouler la pelouse de Saint-Symphorien. En plus j’ai mis mon but. Trop beau ! On partait du rond central, et avant les 16 mètres… Grosse praline en lucarne !

Des années de galère

Pouvez-vous nous raconter votre première LAN (terme pour parler d’une compétition/événement physique en esport) ?
J’avais 13 ans et ma mère ne voulait pas que j’y aille. Je venais de me casser la jambe, j’étais en béquilles, je jouais avec des personnes bien plus vieilles, qui avaient déjà un travail etc… Je leur ai dit qu’il fallait que quelqu’un prenne un café avec ma mère pour la convaincre.

Donc c’est Guillaume «RoCcA» Berrier qui s’en est chargé. C’était un militaire de 19 ans, il était carré, il a trouvé les bons mots et j’ai pu y participer. C’était à Pagny-sur-Moselle, la LAN FKT. On l’a gagné, alors que sur les 16 équipes, y avait vraiment des bons joueurs. Surtout, on a reçu un sachet chacun avec des bonbons et des préservatifs, des trucs pas du tout adaptés pour quelqu’un de 13 ans. Je me suis juré de les utiliser et je les ai gardés jusqu’à mes 18 ans !

Maintenant les récompenses sont bien plus attractives (le prochain tournoi Major, l’équivalent d’un tournoi du grand chelem en tennis, a 2 millions de $ à distribuer) comment ça s’est passé du côté de la famille ?
C’était un peu compliqué au début. Il y avait des pensées un peu vieille école, sans non plus que ce soit malsain. Ils voulaient de la sécurité sur le long terme, c’est normal, c’est le rôle de la famille. J’étais parti à Lyon pour me concentrer que sur le jeu, puis à Toulouse. Et j’avais du mal à ramener un premier contrat.

Je voulais vraiment rester avec mes potes avant tout et construire quelque chose avec eux. J’avais peur de partir et de me retrouver avec des gens qui ne sont pas dans les mêmes délires que moi. Au début de Counter-Strike Global Offensive j’avais refusé des bonnes opportunités. J’ai vraiment du me forcer à me dire à 25/26 ans « Audric, arrête de faire le con et dire non, tente ta chance ».

Désormais, comment accueille-t-elle ce choix de carrière ?
C’est le feu. Quand j’ai ramené ce premier contrat, et qu’ils me voient heureux avec ce que je fais… C’est ma passion. Quand tu te lèves tous les matins avec l’envie de faire ce que tu fais, c’est le plus important. Maintenant ils suivent tous mes matchs. Ma mère, mon frère… Mon père un peu moins, mais il suit sur internet, mon beau-père aussi, il regarde les résultats, il s’intéresse à comment ça fonctionne. Il y a un grand monde entre le début de ma carrière ou ils n’y croyaient pas, et maintenant ou ils me supportent, ils m’envoient des messages… Je fais des visios avec ma mère parce que ça me donne du courage avant les gros matchs et les Majors. C’est magnifique.

Ils sont déjà venus assister à un tournoi ?
Pas encore. Mais ils ont leur métier, ce n’est pas facile de les faire voyager loin trouver un créneau, et surtout de ne pas savoir si on va se qualifier pour les play-offs et jouer devant du public. Mais pour le Major (23 octobre – 7 novembre) c’est prévu. Ma mère est infirmière libérale, elle a prévenu ses collègues que si on est qualifié, elle part à Stockholm. Ce serait une fierté de les voir dans la salle. Franchement je pleure. Entre mon histoire et ce combat un peu quotidien pour pouvoir en vivre, et enfin les voir devant la scène me regarder, m’encourager… ce serait ma plus belle réussite.

C’était au moment de l’éclosion de Counter-Strike : Global Offensive (la dernière version du jeu), il y avait la scène de CS : Source, et CS : 1.6 (deux versions qui se sont concurrencées puis qui ont fusionné à la sortie de CSGO). C’était un moment assez confus ?
Oui, je ne connaissais pas la scène Source comme je venais d’1.6. J’ai refusé des bonnes offres parce que j’étais encore dans l’optique de faire mon équipe entre potes pour percer avec. Ça m’a poursuivi pendant 5 ans jusqu’à cette prise de conscience forcée, que je saute le pas.

Et quand Millénium est arrivé, ils m’ont proposé de faire l’Electronic Sports World Cup (ESWC), puis il y a eu un effet boule de neige et j’ai eu mes premiers contrats. J’avais promis à ma mère de revenir de Toulouse avec un contrat. Que si je n’en trouvais pas avant de rentrer à Forbach, j’arrêtais tout et je trouvais autre chose. Un mois avant de repartir de Toulouse, on m’en propose un. Le soulagement. Après ça a été fulgurant. Je suis arrivé au top niveau en 1 an et demi.

La période G2

A votre arrivée chez G2, vous rencontrez Kenny «kennyS» Schrub (une des légendes du jeu), et ça a été le coup de foudre immédiat.
On descend du taxi à Berlin pour se rendre dans les locaux du club. En descendant, Kenny me dit « J’ai entendu ton derrière avant d’entendre ta voix, je t’aime bien », et on s’est fait un câlin. Ça a été le coup de foudre amical direct. J’avais l’impression de me revoir moi plus jeune. Il avait cette insouciance, un peu fou, à faire des blagues mais en étant sérieux quand il faut. C’est sympa d’avoir cet équilibre de vie. C’est un peu comme l’ambiance dans des vestiaires, il se passe des dingueries. Il rigole, c’est bon enfant, j’ai toujours aimé cet état d’esprit.

Fin 2019, l’équipe passe d’entièrement française à internationale, avec l’addition d’un Serbe et d’un Bosnien, l’adaptation a été compliquée ?
Le mot d’ordre c’était « Jacky c’est une merguez en anglais ». Forcément mes performances ont baissé, c’était vraiment dur. Je me disais que je n’y arriverai jamais. Les autres français ont commencé à ne parler qu’anglais avec moi, G2 a fait l’effort de payer un professeur. Maintenant ça commence à venir, même si ce n’est pas de l’Anglais à l’Américaine.

Et fin 2020, direction le banc…
J’ai coupé quelques citrons oui. Ça a été très très dur. Pendant un an et demi, je faisais partie des meilleurs ouvreurs au monde, on m’encourageait beaucoup et je travaillais dur. On me met sur le banc. Et je le comprends quand même parce que j’ai deux très mauvais mois. Il y a des raisons personnelles, j’ai perdu un de mes meilleurs amis.

Puis avec le Covid, tous les tournois sont à distance et je suis moins à l’aise. On m’écarte après deux mois en dessous alors que j’ai fait 2 ans de très bon travail. C’est là que je me dis vraiment que CS ça peut aller très vite… J’avais des nuages dans les yeux en me disant « t’inquiètes pas, tu as fait du bon taf, ils ne vont pas te mettre à l’écart ». Ben si. Quand tu représentes une des meilleures organisations au monde il faut être constant.

Comment ça s’est passé dans cette période ?
Pour moi, il n’y avait pas de retour arrière. On cherche des solutions, des opportunités. Dans ma tête je ne reviens pas dans le 5. J’ai voulu refaire un truc, et surtout en français. Le projet Double Poney est arrivé, avec Alexandre «bodyy» Pianaro et Lucas «Lucky» Chastang, deux anciens équipiers. Même sur le banc, les deux mois avec eux j’ai vraiment adoré, ça a été incroyable. J’ai retrouvé ma motivation. Je suis reparti dans les tournois inférieurs avec l’objectif d’aller le plus haut possible. Si t’as encore le niveau pour être au top, les équipes te verront. Et y en a beaucoup dans ce cas-là qui ne le font pas, à cause de l’égo.

Et G2 vous rappelle par la suite.
Ça arrive au moment où G2 cale complètement, 5 tournois où ils sont éliminés en poules. Ils commencent à douter, à se demander si c’était la bonne décision. De mon côté, j’ai repris plaisir à jouer, je performe à nouveau. Et là, on me réintègre dans l’équipe, on fait 5 demi-finales de suite. Je me sens de nouveau bien dans l’équipe et j’ai gardé ce plaisir.

Justement avec ces bons résultats, n’y-a-t-il pas une pression supplémentaire qui s’installe à cause du manque de trophée ?
Non. Il ne faut pas se mettre de pression. Si tu commences à penser comme ça, on va le ressentir sur notre manière de jouer et c’est là qu’on peut perdre nos moyens. On a conscience que G2 a besoin de trophées, ça fait 4/5 ans que la structure n’a pas remporté de grands titres sur CSGO. On a aussi conscience de notre potentiel. Il faut rester concentré sur notre jeu, développer nos stratégies, prendre round après round. Notre pire ennemi c’est nous-mêmes. Il faut qu’on reste dans les clous et ça se passera comme sur des roulettes. Individuellement, on a des monstres dans l’équipe, donc pas de grosse pression.

Elle vient plutôt vers les demi-finales et la finale. On commence à apercevoir la lumière au bout du tunnel. A Cologne c’était comme ça. On arrive en finale et même si on perd 3-0, les cartes sont assez proches. Il y a des détails qui mentent pas. Certains rounds on laisse trop d’espace. Sur le vocal les infos du style « il pourrait être là, ou ici », elles commencent à manquer alors qu’elle nous font mettre le viseur ou il faut. C’est sur ces détails qu’on perd des matchs. Un nouveau coach performance devrait bientôt arriver dans l’équipe, donc à voir si ça peut nous apporter un plus.

En ce moment, c’est de nouveau une période difficile au niveau des statistiques, comment vous analysez cela ?
Je ne suis pas satisfait de ce que je fais à l’heure actuelle. Je suis bon dans mon rôle, mais pas très régulier. J’ai des fulgurances, l’équipe a besoin de moi donc je passe devant, c’est mon job. Ouvreur sur CS c’est très difficile. Après, on est de nouveau sur une période où tout est à distance, sauf à Cologne. J’ai réussi à enchaîner des résultats avec des stats positives lors de ce tournoi. Ça faisait 10 mois que c’était plus le cas. Mais y a rien d’alarmant, je pense que je vais retrouver un bon niveau avec le retour des tournois physiques.

Quelle attitude avez-vous en jeu ? On vous voit tout le temps souriant, sur les tournois, les photos, les vidéos…
J’ai toujours été comme ça. Hors des serveurs de jeu, je souris, je veux m’amuser. Je n’ai pas envie de passer des mauvais moments, avec des personnes qui me forcent à changer. Je vois mes potes, on se tape des délires et je vais avoir confiance en eux comme ça, en créant cette bonne ambiance. En allant voir ailleurs, j’ai trouvé que j’arrivais finalement à être comme ça avec des nouvelles personnes, même quand ils sont un peu bizarres, renfermés. J’arrive à m’adapter et à kiffer leur énergie.

Par contre, quand j’arrive en match, que ce soit au foot ou CSGO, je veux gagner. Je suis un compétiteur avant tout. Je suis très différent pour le coup.  En match, je suis le mec le plus pro. Je rigole pas trop, je ne balance pas vraiment de blagues, je reste concentré sur mon jeu… Sur le vocal, c’est limite chiant d’être avec moi (rire). Ça m’arrive de crier un peu, motiver quand il faut. Je donne ma passion mais sans le côté funny que j’ai dans les autres contextes. Je pense que c’est le seul moment où j’arrive à être sérieux dans ma vie, quand je suis derrière un PC à jouer sur Counter-Strike. »

Le prochain rendez-vous pour G2 sur Counter-Strike aura lieu à partir du 20 septembre, pour les phases de poules de la BLAST Premier Fall.

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