Renaud Cohade : Au Royaume des Aveugles. [L’humeur de Fox Mulder]


Hé salut à toi, Ô grand supporter de la meilleure équipe de football de tous les temps, entre Longeville et Marly !
Alors t’es pas mort ? T’as pas été emporté par le virus chinois ?
On dit pas le virus chinois ?
Excuse, je n’ai pas encore tous les réflexes du « monde d’après ».
Bon bin comme tu le vois, moi aussi j’ai survécu.
« Mais Fox on t’a plus lu depuis mars et le début du confinement, on pensait que tu étais décédé… »
Eh bien non, tête de nœud, j’avais juste une giga flemme d’écrire.
Déjà parce que franchement, y a rien d’intéressant à se mettre sous la dent depuis 3 mois au niveau de la sphère du sport messin, si ce n’est quelques renouvellements de contrats et la reprise des travaux de la tribune Sud : Waouh ! Génial. J’ai une demi-molle exploitable… (Non.)
Nan surtout la vraie raison de mon silence, c’est que maintenant faut peser le moindre mot, le moindre jeu de mot, le moindre GIF animé, la moindre allusion, et du coup c’est devenu compliqué d’être corrosif tout en étant drôle.
Tiens j’en veux pour preuve la dernière humeur qui a été « démonétisée » puis « censurée » à cause d’un GIF sanglant… (T’as vu je parle comme un de ces putains de Youtubeurs influenceurs. Manquerait plus que je me tape une mineure. HHHHAAAAAAAaaaaaaa NAAAAAaaaaannn… Pardon !!!! Nan tu vois c’est pas possible, c’est trop dur j’arrive pas…)
Tu veux la vérité, j’avais l’intention d’arrêter, de quitter mon public et mon équipe comme un vulgaire Cohade, sans adieu, sans panache… Seulement voilà, les collègues m’ont supplié, et m’ont même promis une place au paradis avec mille vierges si je faisais une nouvelle humeur. Du coup j’ai mis ma ceinture explosive et je m’apprête à commettre l’irréparable.

« Fox tu peux écrire une micro humeur sur le départ de Cohade ? »
C’est touchant cette innocente pureté morale…
« Fox tu peux écrire un truc sur l’emblématique capitaine du FC Metz ? »
(Comme si j’en avais quelque chose à b…) Oui pardon bien sûr que je peux ! Tu veux ça pour quand ? Demain, après-demain ? T’inquiète je vais écrire un truc.


Et pendant que les spécialistes foot et les fidèles supporters du maillot grenat se persuadent d’avoir perdu l’un des plus grands joueurs de l’histoire du club, je me tire délicatement un poil du cul pour stimuler les glandes lacrymales histoire de coller à l’ambiance.


Ah ça y est, ça pique un peu.

Souvenir.
2016.


On vient de se taper une saison pleine de rebondissements, de Sense knacki ball et de portugais rigolos. Ça sent les dessous de bras et le ciment frais dans les vestiaires du gymnase Saint Symphorien où el professor d’EPS Philippe Hinschallah joue de la guitare depuis 6 mois après une pige avortée de José larsen Wenger Riga, le tacticien génial qui devait faire de Metz le Barcelone du Grand Est.
Contre toute attente, Pipo Hinsch venait de faire monter Metz avec le football le plus indigent de l’histoire (Derrière celui de Coach Cartier), à coup de Christian David Bekam’enga, de Tuss Metanire, de Djo Rivierez, et d’un soupçon de fruit du travail.
Nous sommes à l’intersaison, et on nous annonce un nouvel effectif ambitieux, avec des mecs qui savent tenir un ballon, et faire des passes.
Évidemment, on est dubitatif à Metz, on ne se laisse pas attendrir par ce genre de fake news.

Et là je me revois, avec un pote, derrière les grilles au bord de l’autoroute, observant, regard humide, un spectacle absolument irrationnel.
Le FC Metz s’entraîne sur son terrain vague derrière l’A31, une confrontation 11 vs 11 avec des gars estampillés Ligue 1. Jouffre, Erding, Assou-Ekoto, Bisevac, et ce fameux Cohade, crâne luisant et dégaine de taulard.
Et putain c’est extraordinaire, les mecs se font des longues passes latérales, des transversales, des une-deux, des combinaisons en triangle. De mémoire de messin, on n’avait pas vu cela depuis Robert Pirès en 1830.
Un souffle de football me transperce de toute part, l’odeur d’une joute estivale sous le soleil du Maracaña, la lueur des fumigènes, des images d’une soirée coupe d’Europe me flashouillent le cerveau, j’esquisse un sourire, timide, j’imagine l’avenir, fleurissant, une gouttelette d’urine laisse bientôt place à une grosse tâche humide sur l’avant de mon jean, je n’ai pas su retenir ma joie.
Enfin, on va revoir du football à Saint Symphorien.

Pis y a ce mec-là, Renaud Quad, il est virulent.
Je regarde rapidement sur Google pour voir un peu son pedigree, je vois qu’il a démarré sa carrière comme chanteur dans un groupe de metal où il criait son humanisme à des ados surexcités :

(T’y as cru avoue… bon maintenant si je te dis que le chanteur de Lofo s’appelle Reno, tu me crois ? Enculé va.)

Ah Renaud… un espoir pour les calvities naissantes. Jason Statham dans le rôle de Chev Chelios, cherchant à augmenter son taux d’adrénaline pour pas mourir d’un arrêt cardiaque.


C’est fabuleux.
Enfin ce sera pas fabuleux longtemps, parce que malgré un maintien obtenu on ne sait par quel miracle quelques mois plus tard, les flamboyants guerriers messins ne seront finalement pas à la hauteur des attentes, entre les blessés, les préretraités, les inadaptés sociaux, ceux qui cumulent les trois, la saison qui suivra sera un monumental désastre, une indicible mascarade.
Mais au milieu de ce fiasco, une star déchue restera digne, une seule vedette assumera ses impairs et aidera le club à remonter à la surface.
Capitaine et leader indéboulonnable, Renaud survolera la Ligue 2 pour sa troisième année en Grenat. Lui qui avait connu un jour le succès avec l’ASSE, se voit propulsé parmi l’élite de la Ligue 2.
Véritable génie au milieu des estropiés de l’antichambre du foot français, les observateurs ne tardent pas à faire de lui, le Zinédine Zidane Aliexpress de la Domino’s dégeux.
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et Corbain Dallas Cohade joue les géants cyclopéens dans une arène remplie de petits joueurs plus moyens les uns que les autres.


Les supporters exultent, moi le premier je n’aurai pour le divin chauve que des mots doux et une furieuse envie de virer ma cuti à chacune de ses interventions aux micros de beIN Sport.
Alors que toute forme de football est inexistante dans ce championnat qu’on aime pourtant tellement, le misthios ardéchois enchaîne les matchs comme s’il avait toujours 20 ans, et régale par son assurance, et sa maîtrise du ballon. Quand il est moins bien, c’est tout le club qui est à l’agonie, jusqu’au stand saucisse au pied de la tribune Est.

Cohade, inconstant chronique en Ligue 1, magistral en Ligue 2, fidèle joueur de club, pour le meilleur et pour le pire, voilà comment l’on pourrait définir son passage remarqué sur les rives mosellanes.
Sa dernière saison, il l’aura passée en grande partie sur le banc ou dans les tribunes.

La faute à qui ? Mystère…

La légende raconte une tumultueuse relation avec Pep Hognon, des mots doux, des gestes échangés, des humeurs belliqueuses. Quoi qu’il en soit, le supporter messin gardera le meilleur, et occultera les zones d’ombres du personnage, les matchs loupés. Après tout, à Metz on aime les mecs qui ont des valeurs, les mecs qui se battent sur le terrain et qui mouillent le maillot. Et quoi qu’on pense du bonhomme, on ne lui enlèvera jamais sa combativité à toute épreuve.

De là à le déclarer joueur emblématique dans l’histoire du FC Metz, il n’y a qu’un pas que je ne peux malheureusement pas franchir, tant cette histoire récente est jalonnée de fiente.
En tout cas dommage, triste fin pour lui…
Il ne participera donc pas à la nouvelle saison dans l’élite, du meilleur club grenat de France, qui rappelons-le, aura fort à faire pour éradiquer le coron virus Lensois qui s’est déjà répandu dans les médias spécialisés.


Montages : Julien Buret

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