Maximilien, passion arbitre

Souvent critiqué et montré du doigt par les supporters, les arbitres jouent pourtant un rôle essentiel dans le sport. Entretien avec Maximilien Kucharski , un arbitre officiel du FC Metz qui nous raconte une journée d’arbitrage de A à Z :

Salut Maximilien, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle donc Maximilien, j’ai 23 ans et je suis arbitre officiel au FC Metz depuis maintenant 8 ans et au niveau Ligue. J’ai commencé en 2012 mais avant de pouvoir être arbitre officiel, j’étais déjà arbitre non officiel depuis un an et demi pour le compte de mon club, Metz. J’arbitrais seulement les matchs amicaux des jeunes, certains tournois ou plateaux. Cela a été très formateur et m’a permis d’être directement opérationnel dès mon premier match officiel.

D’où t’es venue l’idée d’être un jour arbitre ?
Je suis un immense fan de football, j’ai toujours joué au football d’abord dans mon quartier avec mes amis d’enfance, puis en club, où j’étais gardien. Au moment de passer en catégorie U15 (A Manom) tous mes amis ont changé de club ou ont arrêté de jouer au football. Je ne me sentais pas motivé de recommencer à zéro. J’ai donc arrêté. Mais très vite, le foot m’a manqué. Mon père qui était arbitre m’a proposé d’essayer dans sa voie. Je me suis donc rapproché du FC Metz qui était son club.

Peux-tu nous raconter une journée type d’arbitrage ?
Bien sûr, admettons d’abord que le match soit un match de championnat et qu’il ait lieu un dimanche à 15h, comme c’est le cas la plupart du temps.
Le réveil se fait à 10h environ.
A 11h45 c’est l’heure du repas de midi. Il est important de ne pas manger trop lourd et surtout de ne pas manger trop tard, pour ne pas être trop lourd sur le terrain.
Dès la fin du repas, direction la buanderie pour compléter mon sac de foot (tenues de match, d’échauffement, de rechange, affaires de douche, etc…) et puis direction la douche.
Il est alors environ 12h45. Il n’y a pas de dress code précis, mais il est important de ne pas faire mauvaise figure. En ce qui me concerne, c’est chemise et veste de costume.
A 13h20 je pars de chez moi avec ma voiture (si l’on admet que le terrain est à 30 minutes de route de chez moi)
Un peu avant 14h, j’arrive au stade. Le règlement oblige les arbitres à arriver au stade au moins une heure avant le coup d’envoi. Dès mon arrivée, j’attends mes arbitres assistants qui sont également des arbitres officiels.
A partir de ce moment, chaque minute est précisément calculée à l’avance :
14h : inspection du terrain (est-il praticable, les filets sont-ils troués, les piquets de coins sont-ils déjà en place). J’en profite également pour placer mes petits plots qui vont me servir à l’échauffement.
14h10 : retour au vestiaire, en principe la feuille de match est déjà prête, et je vais demander à chaque équipe de me prêter un maillot de match des joueurs et des gardiens. J’emporte tout ça dans le vestiaire arbitre et là arrive un grand moment de folklore : le moment de choisir les maillots que l’on va mettre. Les maillots doivent évidemment être différents de ceux des joueurs et des gardiens, mais aussi identiques entre nous (ou du moins les deux assistants doivent revêtir la même couleur). Sauf que des fois… personne n’a les même maillots. Je suis déjà tombé sur des assistants qui ne viennent qu’avec un seul maillot noir ! Pire, un de mes assistants possédait un maillot d’arbitre des années 90, vous savez, le maillot à damier noir et blanc… Mais c’est ce qui fait aussi parti du charme de ces avant-matchs.
14h15 : Une fois le problème réglé et les maillots rendus aux équipes respectives, nous nous changeons et dans la foulée, vient l’heure de donner mes consignes à mes assistants. C’est un élément méconnu du grand public, mais avant chaque match de football, l’arbitre central donne des consignes spécifiques à ses assesseurs. Il faut savoir que chaque arbitre a une façon différente d’arbitrer et il s’agit donc de se mettre sur la même longueur d’onde avec ses arbitres assistants. Par exemple, certains arbitres demandent à leurs assistants de signaler les fausses touches, d’autres préfèrent les gérer eux-mêmes.
14h30 : L’heure de partir à l’échauffement et de rejoindre mes petits plots. Je vais toujours prévenir les coachs que je fais rentrer les joueurs les joueurs aux vestiaires à 45, pour qu’ils puissent adapter leurs échauffements.
14h45 : Retour au vestiaire, évidemment les équipes sont en retard et je dois très souvent insister pour les voir revenir aux vestiaires.
14h50 : On se change en tenue de match, on accueille les capitaines et on va faire l’appel des licences, pour vérifier l’identité des joueurs. Une fois cela effectué, les capitaines signent la feuille de match et direction le terrain.
14h55 : entrée sur le terrain, protocole habituel d’avant-match tirage au sort (pour info, le capitaine qui gagne le tirage au sort choisit d’avoir soit le ballon, soit le choix du camp).
15h : coup d’envoi
15h47 : Mi-temps. Retour aux vestiaires pour 15 minutes maximum. A ce moment, on débat du match entre arbitres, parfois quelques petites remarques sur le comportement trop virulent d’un joueur en particulier. On se rassure sur certaines de nos décisions (car à part nous, on sait très bien que personne ne va dire du bien de nos décisions) et nous nous échangeons quelques conseils.
16h01 : On enfile de nouveau notre carapace, et on retourne sur le terrain pour la seconde mi-temps.
16h50 : Je donne les trois coups de sifflets qui marquent la fin du match, mes assistants me rejoignent sur le terrain, certains joueurs viennent nous serrer la main, d’autres viennent contester des décisions que l’on a prises il y a 30 minutes, et l’on rentre aux vestiaires.
A ce moment je remplis la feuille de match, je vais rendre une ultime visite dans les vestiaires des joueurs pour demander s’il y a des joueurs blessés afin de les indiquer sur la feuille de match. On se douche, et après nous être douchés, les capitaines viennent signer la feuille de match. Cela laisse un peu le temps de faire retomber les émotions. Certains parlementent toujours des décisions que j’ai prises lors du match. En sortant des vestiaires, on se dirige en principe au club house, une boisson nous est généralement offerte avec parfois quelque chose à manger. Il y a toujours une petite discussion avec des dirigeants, des joueurs ou des spectateurs, et la plupart du temps, les mêmes qui nous critiquaient quelques dizaines de minutes plus tôt sont ici à discuter de tout et de rien avec nous, voire parfois à rire avec nous.
En général je suis de retour chez moi aux alentours de 18h30. Le temps pour moi de ranger mes affaires, et de me poser un peu.
Certains arbitres profitent de leur dimanche soir pour écrire leur rapport s’il y a eu un incident dans le match (intervention des pompiers, exclusion, etc…)
De mon côté, s’il y en a un à faire, je préfère le rédiger le lundi, à froid.

Que penses-tu de la VAR ? Beaucoup de gens pensent que ça tue le football (arrêt de jeu trop long, décision pas forcément bonne malgré l’aide de la vidéo etc).
C’est une question difficile car chacun a une vision du football différente et par conséquent un avis différent. Mon avis personnel ne reflète donc absolument pas l’avis des autres arbitres de football.
Il est vrai que l’on peut se demander comment une interférence technologique importante à ce point peut conserver l’aspect humain de l’arbitrage. Car l’arbitrage est avant tout quelque chose d’humain. D’autant plus que la beauté du sport c’est aussi ses imperfections, et donc ses erreurs d’arbitrage. Tout cela au même titre que les joueurs d’ailleurs (je n’oublierai jamais le tir de Rivière au-dessus du but vide d’Aréola à 1-1 contre le PSG). Cela alimente les débats et c’est une bonne chose, car c’est aussi ça le football.
Cependant, nous vivons une période où des aspects financiers majeurs régissent le football. Et par conséquent, même s’il ne s’agit que d’un sport, il est parfaitement compréhensible que l’on tende à vouloir perfectionner les décisions arbitrales importantes. Et ce, même si malgré plusieurs ralentis, il n’y aura jamais l’unanimité sur la décision entre les spectateurs.


Vous êtes souvent insultés, critiqués, voire plus… Est-ce que c’est dangereux d’être arbitre aujourd’hui en France ?
A chaque fois que je dis à quelqu’un que je suis arbitre de football, j’ai toujours droit à cette réaction : “je ne sais pas comment tu fais, moi je ne pourrais jamais être arbitre, surtout dans le football”. C’est une image que beaucoup de gens ont. Il est vrai que lorsqu’on est arbitre, on est seul (enfin plutôt trois) face à 22 joueurs potentiellement virulents à notre égard, sans compter les bancs de touche ni les spectateurs. Il peut y arriver malheureusement que certains arbitres soient en effet victimes d’agressions physiques (c’est déjà arrivé à certains de mes amis ainsi qu’à mon père) mais ça reste tout de même très rare et les cas où il y a des séquelles physiques sont encore plus rares.
En revanche ce qui est très courant, ce sont les critiques, voire les insultes. Dans ce cas, ce qui est important c’est de se forger une carapace. Nous savons qu’à chacun de nos matchs, nous allons être contestés, parfois très fortement. Je me souviens que lorsque j’ai commencé, je pouvais être assez impressionné par ce genre de comportement, je n’étais qu’un gamin de 15 ans. Mais finalement, c’est triste à dire mais avec l’habitude cela ne nous fait presque plus rien. Et puis personnellement, même si je regrette ce genre de comportements, je comprend ces personnes qui critiquent (tant que ça reste que de la critique et pas de l’insulte ni de la menace) car elles sont juste passionnées et frustrées, et pour la plupart d’entre elles, ça ne les empêchera pas de venir nous remercier à la fin du match en nous disant que nous avons fait un bon match.
Donc pour répondre à la question, je ne pense pas que ce soit dangereux d’être arbitre en France, il faut seulement accepter l’idée que peu importe ce que l’on fait, on sera critiqué.

Où doit-on se renseigner si l’on veut devenir arbitre ?
Avant tout, il faut se rapprocher d’un club qui nous fournira les documents à remplir pour devenir arbitre. Certains, beaucoup plus rares, décident de n’appartenir à aucun club, dans ce cas il faut se rapprocher directement du District de notre département. Pour devenir arbitre officiel, donc arbitrer des compétitions officielles, il faut être âgé au minimum de 15 ans. Dès l’âge requis, il y a un examen à passer avec quelques questions sur les lois du jeu, et si cet examen est réussi, viennent alors les premières désignations sur les matchs de District. Avec le temps, il y a une possibilité de monter les échelons en passant d’autres examens théoriques, un peu plus difficiles (avec des questions parfois abracadabrantesque comme le dirait l’autre) mais aussi des tests physiques et pratiques.

Un dernier mot à faire passer aux lecteurs ?
N’oubliez jamais que l’arbitre, tout comme vous, est un passionné par le sport. La critique est légitime et la frustration est humaine, mais l’insulte ou la menace c’est de la débilité pure et dure. Si je dis ça aujourd’hui, c’est parce qu’avant d’être arbitre, j’étais également sujet à émettre de vives critiques contre l’homme en noir dans les travées de Saint-Symphorien. Mais maintenant que je suis derrière le sifflet, je comprends qu’en fait je n’étais pas lucide, c’est juste un effet de mode j’étais un suiveur comme tant d’autres, je ne comprenais pas la difficulté que cela peut être d’être sur un terrain dans certains moments. L’arbitre est un sportif qui exerce sa passion et qui essaie juste de faire de son mieux. Et je vous le promets, il n’a absolument aucun intérêt à favoriser une équipe plus que l’autre, tout cela est un mythe sorti de je ne sais où (sourire). Sans arbitres, il n’y a pas de matchs.

Crédit Photos : Julien Buret