Les droits TV de la discorde, quel impact sur le FC Metz ?

Depuis plusieurs semaines, à défaut de débat sportif nous devons nous contenter de l’avis des uns, des estimations des autres et de la colère de de certains. La Ligue 1 est à l’arrêt forcé et on à affaire à plus de spéculations qu’à de vraies informations. Cependant, depuis quelques jours un nouveau débat partage la sphère footbalistique, il concerne le versement des droits TV et il s’appuie sur des déclarations inquiétantes de la part des ayant droits… Nous nous sommes donc attardé sur cette situation et sur ses répercussions au niveau du FC Metz.

 

Il va sans dire que nous préférerions mile fois vous parler d’une énième prouesse d’Habib Diallo, que de vous parler une fois de plus de gros sous qui n’atterriront de toute façon pas dans vos poches. Et il semble également évident, comme de nombreux fins analystes aiment à nous le rappeler, que ce dont on doit vraiment se soucier aujourd’hui est plutôt du côté de la santé publique. Malgré tout, nous n’allons pas déroger à notre mission et allons continuer à vous informer sur le ballon rond et tout ce qui l’entoure.
Aujourd’hui ce qui nous tracasse, c’est un article du journal l’Équipe, paru ce week-end et revenant sur le fait que les droits TV pourraient ne pas être versés en intégralité cette saison.
L’équation pour les détenteurs des droits est la suivante : ils ont payé à prix d’or pour 40 journées de championnat réparties de Août à Mai de manière régulière et avec un agencement très particulier qui permet à chacun de diffuser les rencontres choisies selon les termes du contrat passé avec la Ligue. Or avec une saison en pause, voire annulée en cours de route… difficile d’y retrouver ses billes.
Si on veut résumer les choses : chacun veut obtenir ce pour quoi il a payé. Et plus les mesures de santé publique durent, plus cela va être compliqué.

 

Le point de vue des diffuseurs

Nous venons de l’évoquer, les diffuseurs ne s’y retrouvent pas actuellement. Aucun match de Ligue 1 n’a été diffusé depuis le 8 Mars. 31 Matchs auraient dû être joués et présentés à la télévision depuis.
Or les diffuseurs rentrent dans leurs frais à l’aide des abonnements, mais surtout des revenus publicitaires. Par exemple on peut estimer que le match OM – PSG qui a été annulé représente en temps normal une des rencontres les plus lucratives de la saison.

En France les droits sont partagés entre Canal + et Bein Sports et représentent en cumulé la coquette somme de 759 millions d’euros. Les paiements sont effectués en plusieurs échéances au long de la saison et là où l’alerte a été donnée en premier, c’est du côté de la chaîne cryptée Française. Il se pourrait que le prochain versement, de 110 millions d’euros ne soit tout simplement pas effectué, suivant la logique qu’un match non joué n’a pas à être payé.

De plus, toujours selon l’Équipe, Canal + et la LFP seraient déjà actuellement opposés en justice en raison des reports de matchs de la saison passée, liés au mouvement des gilets jaunes. En jeu ? 46 millions d’euros. Il ne faudra donc pas s’attendre à des décisions amiables malgré la situation exceptionnelle qui traverse le pays.

Dans l’imaginaire des dirigeants du football Français, il est toujours possible de disputer les dix dernières journées de championnat dès les problèmes sanitaires levés. Mais cela se ferait à un rythme effréné, avec un match joué tous les trois jours, ce qui annihilerait purement et simplement les créneaux préférentiels négociés par les diffuseurs et entraînerait une renégociation probablement record des droits à verser.

La probable suspension de paiement de la part de Canal + ne relève d’ailleurs pas de ce que l’on pourrait qualifier de “radinerie” mais plutôt d’une situation inextricable pour la chaîne. Maxime Saada qui en est le vice président l’a expliqué en ces termes :

Cette suspension de paiement s’inscrit dans un contexte où la crise sanitaire affecte durement la quasi-totalité des activités de notre groupe. […]  Nous sommes donc dans l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour atténuer l’impact financier de cette crise.

 

Pour le moment les responsables de Bein Sports ne se sont pas encore exprimés de la sorte, mais il est probable qu’ils agissent de la même manière…

 

Le point de vue des clubs

Les droits TV sont devenus avec le temps la principale source de revenus des clubs. Ils représentent aujourd’hui pas moins de 47% des sommes perçues, hors transferts. Toute perte, à un pourcentage aussi minime soit il représenterait donc un gouffre pour de nombreux clubs qui n’envisagent pas de boucler leur budget sans cette somme. La LFP a d’ailleurs demandé aux diffuseurs de continuer leurs paiements afin de ne pas mettre en péril les clubs Français, mais solidarité ne rime pas avec profit et étant donné les sommes en jeu, il est difficile de blâmer qui que ce soit.

En revanche là où il y a débat c’est lorsque l’on s’aperçoit que la chaîne cryptée n’aurait pour le moment pas payé des matchs déjà diffusés, enfonçant un peu plus la crise. Les responsables de la LFP s’en sont d’ailleurs rapidement émus auprès de la presse :

La Ligue a livré 28 matchs sur 38 soit 73,6 % du produit. Canal+, à date, n’a payé que 67 % de tout ce qui a été diffusé, ce qui représente une perte de 35 millions d’euros hors taxes, soit 43 millions d’euros TTC.

 

Il faut aussi garder en tête la tourmente financière dans laquelle sont engagés de nombreux clubs indépendamment de cette histoire de droits TV. L’annulation d’une partie de la saison a des conséquences énormes sur les structures les plus fragiles, qui ne sont d’ailleurs pas toujours celles que l’on croit. Les salaires maintenus, les infrastructures à entretenir, les prestataires en difficultés, le manque à gagner sur la billetterie et les produits dérivés, les revenus publicitaires disparus du jour au lendemain, les clubs partenaires en berne… Il ne fait pas bon être le comptable d’une équipe de football professionnel actuellement et les actionnaires vont devoir combler les vides, quand ils le peuvent.

 

Et le FC Metz dans tout ça ?

Le Football Club de Metz sera touché mais ne devrait pas faire partie des plus impactés. En effet, comme nous l’avons évoqué dans notre analyse du dernier rapport DNCG, le club est géré avec maîtrise.
Les champions de Ligue 2 ont d’ailleurs touché un peu moins de 10 millions d’euros de droits télévisuels lors de leur dernière saison. Alors que du côté de l’élite, si on se base sur la saison passée, les clubs de Ligue 1 entre la 15ème et la 20ème place ont touché entre 21 et 24 millions d’euros. On peut donc estimer, dans un calcul purement approximatif que si la saison 2019 /2020 s’arrêtait à la 28ème journée, le FC Metz pourrait toucher malgré tout 17 millions d’euros.
Considérant que le club Grenat n’a pas recruté ni rémunéré de manière inconsidérée cette saison, le manque à gagner sur ce dossier ne devrait pas être critique en comparaison à d’autres clubs qui pourraient perdre jusqu’à 20 millions d’euros dans cette opération…

Le Président Serin a par ailleurs fait état auprès de l’Équipe des difficultés rencontrées par son entreprise Cockerill Maintenance & Ingénierie.

Mon entreprise est fortement impactée. La moitié du personnel est au chômage technique, en particulier dans le domaine des transports. On peut continuer à travailler dans certains secteurs comme l’énergie ou le BTP, mais c’est de plus compliqué

Malgré cela, le PDG est réputé pour avoir une gestion solide de ses affaires et le FC Metz ne devrait pas avoir à pâtir des difficultés rencontrées ailleurs. Cependant le dirigeant a tout de même fait entendre son souhait de voir la saison aller à son terme pour une équité sportive, mais aussi dans l’espoir que le différent autour des droits de diffusion soit soldé au mieux…