254 Si Metz Handball a laissé filer le titre de championnat au profit de Brest, il reste tout de même un dernier rendez-vous européen avec le Final Four de la Ligue des champions et un premier match face au CSM Bucarest. Avec une des meilleures défenses de la compétition et un parcours solide, les Dragonnes arrivent une nouvelle fois à Budapest avec des arguments. Mais elles n’abordent pas ce week-end avec le statut de véritables favorites. Le suspense a tenu toutes ses promesses jusqu’au terme de la saison de Ligue Butagaz Énergie. Malgré la pression constante exercée par Metz, le Brest Bretagne Handball a validé son sacre lors de l’ultime journée en dominant largement Sambre-Avesnois (43 à 25). Les Finistériennes remportent ainsi le troisième titre de championnes de France de leur histoire, après ceux de 2012 et 2021. Longtemps indécise, la lutte pour le titre s’est jouée sur des détails. À égalité de points avec Brest, Metz cède finalement sa couronne, détenue depuis 2022, en raison des buts inscrits à l’extérieur lors des confrontations directes. Après avoir entretenu le suspense jusqu’au bout, les Dragonnes peuvent désormais se tourner vers leur dernier grand objectif qui est le Final Four de la Ligue des champions, avec l’ambition de décrocher enfin une place en finale contre le CSM Bucarest après quatre tentatives infructueuses. Éviter Györ et Brest, un avantage réel ? Au moment du tirage, un certain soulagement dominait parmi les observateurs. En effet, Metz Handball évite Györ, principal favori de la compétition, et ne retrouve pas non plus Brest, son grand rival national. Au-delà de l’aspect purement sportif, cette configuration pouvait séduire côté français, tant ces affiches sont devenues familières ces dernières saisons. L’idée d’un parcours plus ouvert s’est rapidement installée, avec la possibilité d’une finale 100 % française. Sur le papier, le tirage semblait donc offrir un scénario plutôt favorable. Pour autant, cette analyse mérite d’être nuancée au vue des dynamiques actuelles. Selon les données publiées par l’analyste Julian Rux pour l’EHF, les Dragonnes disposent de l’une des meilleures défenses de la Ligue des Champions, avec 22,4 buts encaissés pour 50 possessions. Cette solidité s’appuie largement sur l’efficacité du tandem Johanna Bundsen / Sabrina Novotná, qui affiche 35,5 % d’arrêts, un niveau légèrement supérieur à celui de Györ. Mais derrière ces chiffres, certaines fragilités récentes invitent à la prudence. La défense messine, pourtant importante dans le système d’Emmanuel Mayonnade, est souvent devenue un véritable point faible durant les précédents Final Four avec pour conséquence des gardiennes moins performantes dans ces rendez-vous. Cette tendance semble d’ailleurs se prolonger ces dernières semaines, avec un secteur un peu moins constant à l’approche du dernier carré, après une saison globalement très solide, et des Messines qui remportent actuellement moins de duels qu’à leur habitude. Dans ce contexte, la comparaison avec le prochain adversaire européen prend encore plus de relief. Si Metz Handball dispose davantage de certitudes collectives que le CSM Bucarest sur l’ensemble de la saison, le club roumain arrive à Budapest avec une dynamique très positive depuis l’arrivée de Bojana Popović. Longtemps en difficulté ces dernières années, les Roumaines ont retrouvé de la stabilité et se sont hissées au Final Four pour la première fois depuis 2018, après avoir nettement dominé Esbjerg, habitué des phases finales européennes. De quoi rappeler, que la notion de « bon tirage » reste toujours relative et dépend des dynamiques du moment. La métamorphose du CSM Bucarest Le principal piège pour Metz Handball serait justement de se fier à l’image laissée par le CSM Bucarest en début de saison. Après six journées de Ligue des champions, les Roumaines n’affichaient que deux victoires et semblaient bien loin du statut de prétendantes au Final Four. La dynamique a toutefois radicalement changé avec l’arrivée de Bojana Popović venue remplacer Adrian Vasile, en janvier dernier. Sous la direction de l’ancienne internationale monténégrine, le CSM a progressivement retrouvé de sa solidité pour conclure la phase de groupes sur une série de six succès consécutifs, avant d’écarter les Danoises en quart de finale. Les statistiques illustrent parfaitement cette montée en puissance. Si Metz conserve un avantage dans la plupart des secteurs du jeu, le club roumain dispose désormais de la troisième meilleure défense de la compétition non loin des Messines. Mais il excelle surtout dans un domaine qui fait défaut aux Françaises, soit la gestion des rebonds défensifs. En récupérant plus de 88 % des ballons après un tir adverse manqué, le CSM limite considérablement les opportunités de ses adversaires. Un aspect qui pourrait s’avérer déterminant face à des Messines figurant parmi les équipes qui convertissent le moins souvent leurs échecs au tir. À ces atouts s’ajoute Elizabeth Omoregie, capable de faire basculer une rencontre à elle seule lorsque le collectif roumain peine à trouver son rythme. Le CSM peut également s’appuyer sur une défense particulièrement mobile et agressive, emmenée par les Monténégrines Tatjana Brnović et Djurdjina Jaukovic. Un défi qui n’a toutefois rien d’inédit pour Metz. Cette saison, les joueuses d’Emmanuel Mayonnade ont déjà démontré leur capacité à trouver des solutions face à ce type de défense, notamment avec leurs deux victoires contre Brest, en championnat comme en Coupe de France et en quart de finale de Ligue des champions face au FTC Budapest. Metz face à son plafond Si les statistiques et la régularité affichée depuis le début de saison placent Metz parmi les équipes les plus convaincantes de ce Final Four, les Dragonnes arrivent à Budapest avec une histoire que leurs concurrentes ne partagent pas forcément. Depuis leur première qualification en 2019, les Messines ont disputé quatre demi-finales de Ligue des champions sans jamais parvenir à franchir cette dernière marche. C’est notamment pour cette raison que Metz peine encore à être considéré comme l’un des favoris naturels lorsqu’il se présente à Budapest. Les souvenirs récents invitent en effet à la prudence. En 2023, Metz avait vu son parcours s’arrêter dès les quarts de finale dans des circonstances particulièrement douloureuses. Victorieuses de six buts à l’aller face au FTC, les Messines avaient ensuite subi une défaite de sept buts aux Arènes, laissant échapper leur qualification devant leur public. Un an plus tard, la demi-finale face à Bietigheim avait également tourné à la désillusion, Metz ne parvenant jamais à imposer son rythme dans un rendez-vous pourtant abordé avec de grandes ambitions. Puis, en 2025, les Dragonnes avaient laissé filer une place en finale contre Odense malgré une avance de sept buts. Trois scénarios différents, mais une même conséquence qui est le sentiment persistant de stagnation. Les Messines abordent ce rendez-vous avec le poids de ces occasions manquées. Éviter Györ et Brest peut apparaître comme une opportunité. Encore faudra-t-il la concrétiser sur le terrain. D’autant que Metz dispose désormais d’une expérience récente de ce type de rendez-vous, acquise au fil de ses multiples participations au Final Four, là où le CSM Bucarest n’a plus connu ce niveau depuis six ans. Mais face à un adversaire revenu à son meilleur niveau, Metz est-il enfin prêt à briser le plafond de verre européen qui accompagne le club depuis plusieurs saisons ? Analyse de Julian Rux : https://www.eurohandball.com/en/news/en/the-raiffeisen-bank-ehf-final4-2026-probabilities/ Crédit photo : CSM Bucarest