247 Revenu il y a quelques semaines sur les bords de la Moselle pour prendre les rênes de l’équipe première masculine du FC Metz, Gregory Proment a très vite imposé sa patte tactique sur les Grenats. Mais avec des principes résolument offensifs et avec un pressing intense, c’est maintenant l’arrière-garde messine qui doit trouver de nouveaux repères après un début de saison satisfaisant sous la houlette de Luc Holtz. Comment trouver le bon équilibre ? Réponse avec une analyse des dernières prestations messines et des éléments apportés par le coach messin lui-même à notre micro. Luc Holtz n’avait pas hésité longtemps pour mettre en place sa défense, un des gros chantiers de l’été à Metz : Florian Miguel à gauche, Jean Ruiz et Cristian Devenish dans l’axe, accompagnés de Bouna Sarr à droite. Force est de constater que ce quatuor (parfois remodelé à la marge) s’en sortait moyennement bien, avec 7 buts encaissés en 7 matchs. À tel point qu’Holtz lui-même décidait de varier les choses en sortant Florian Miguel et Jean Ruiz de son onze en cours de match contre Rodez puis contre le Red Star, au profit de Maxime Colin et Michel Mboula. Tentative qui se soldera par un échec (défaite 1-0). Mais le peuple grenat a eu tendance à se focaliser sur l’évident manque d’idées et d’allant de l’autre côté du terrain, où le technicien luxembourgeois n’aura jamais réussi à imposer sa patte malgré un succès statistique en trompe-l’œil (10 buts en 7 matchs) dopé par des Fall, Savanier, et Deminguet en réussite. L’arrivée de Grégory Proment à tête de l’équipe a rebattu les cartes. En ligne avec ses prises de positions médiatiques passées et son passage à Clermont, l’ancien capitaine grenat a immédiatement déployé un système tactique très différent, avec trois défenseurs centraux, une sentinelle placée devant la défense et un accent mis sur le jeu offensif et des courses intenses et répétées. Plutôt satisfaisant offensivement dans les statistiques (5 buts en 2 matchs) et dans plusieurs séquences observées pendant les deux premiers matchs du nouvel entraîneur, le club à la Croix de Lorraine a sombré défensivement contre Dijon (défaite 4-2) et a souffert de façon passagère contre Sochaux malgré une prestation plus cohérente (victoire 3-2). Analysons de plus près ce que ces nouveaux principes tactiques ont changé pour l’arrière-garde messine. Dijon, une première à oublier Contre le DFCO, Grégory Proment décide ainsi d’aligner en défense centrale les expérimentés Maxime Colin, Cristian Devenish, et Jean Ruiz, accompagnés par Florian Miguel et Bouna Sarr dans le rôle de pistons. Hélas, les Grenats ont manifestement sombré sans avoir réussi à se reprendre, encaissant 4 buts dont 3 entre la 19e et la 32e minute. Si de toute évidence l’équipe messine a raté son match, regarder les 4 buts de plus près permet de voir à quel point l’effectif messin a semblé dérouté par sa nouvelle animation défensive – et c’est bien normal, ne l’ayant jamais travaillé en match officiel par le passé. Manque d’automatismes, de repères, de confiance, de concentration : rien n’a été épargné aux Messins. L’ouverture du score, une frappe lointaine lumineuse d’Hugo Vargas, découle d’une perte de balle loin du but messin et d’un repli raté. Believe Munongo, peu à son aise comme milieu défensif, tarde à presser Paul Bellon, qui sert Vargas qu’Alpha Touré et Bouna Sarr peinent à marquer, tandis que Maxime Colin (qui devrait presser cet adversaire direct dans sa zone) doit rester au marquage de Julio Tavares, Jean Ruiz et Cristian Devenish étant au marquage plus haut sur le terrain. Dijon double la mise sur un long ballon anodin, mal contrôlé par Cristian Devenish qui avait pris l’ascendant sur son adversaire. Ange Lago en profite et mystifie Maxime Colin avant d’ajuster Jonathan Fischer d’une frappe lourde au premier poteau. Le but du 3-0 vient lui aussi d’un duel perdu au milieu du terrain, où le FC Metz prend l’eau. Paul Bellon se retrouve complètement esseulé dans le rond central après un mauvais repli des milieux messins. Jean Ruiz lit mal la situation et laisse le vieux briscard Julio Tavares partir dans sans dos, qui ajuste tranquillement le gardien messin d’une balle piquée. Enfin, le clou du spectacle vient d’une sortie aérienne manquée de Jonathan Fischer, dont Quentin Bernard profite pour marquer dans le but vide. Quatre buts, causés principalement par des erreurs techniques individuelles et de problèmes de repli et de positionnement en apparence simples. Contre Dijon, « on n’était pas ensemble, trop espacés dans la longueur comme la largeur« , en disait simplement Grégory Proment en conférence de presse avant le match contre Dunkerque. Le technicien messin avoue même avoir été sans doute « trop ambitieux« . Un match à oublier. Sochaux : du mieux, mais du travail Conscient des risques défensifs causés par son système et ses principes, mais aussi du temps d’adaptation nécessaire, le coach messin décide d’apporter quelques corrections. Le jeune Believe Munongo, prometteur mais en difficulté, est écarté du onze et c’est le polyvalent Idris Mohamed, recrue estivale, qui occupera son poste alors qu’il avait été recruté notamment pour jouer en défense centrale et qu’un système à trois défenseurs aurait pu faire croire à sa présence dans la dernière ligne. Maxime Colin, plutôt latéral de formation et dépassé contre Dijon, laisse sa place au revenant Michel Mboula (dont le départ en Turquie était quasi-acté début septembre), dont le profil athlétique pour un central est profitable dans ce système, tandis que Devenish et Ruiz restent en place. Metz va tout de même encaisser 2 buts contre une équipe qui n’en avait marqué que 5 en 8 matchs de championnat avant cela, mais aura affiché un visage plus cohérent. « On a réussi à récupérer pas mal de ballons rapidement sur nos pertes de balle« commentait l’entraîneur messin ce mercredi, qui salue également une agressivité défensive retrouvée. Plus stable dans l’entre-jeu et face à une équipe moins en verve offensivement, le milieu messin composé de Jessy Deminguet, Téji Savanier et Idris Mohamed va beaucoup mieux contenir les offensives adverses, avec un Mohamed en véritable plaque tournante et premier relanceur de l’équipe, au point même d’être à l’origine de deux des trois buts messins de l’après-midi, sur des ouvertures en profondeur comme demandé par son entraîneur. Derrière eux, le trio défensif laisse une impression plus contrastée. Peu inquiétés, ils auront toutefois été battus par les deux principaux joueurs sochaliens en forme ce jour-là, Benjamin Gomel et Louicius Deedson ; et ces deux joueurs vont trouver le chemin des filets. Dès le début de la seconde période, une équipe de Metz encore aux vestiaires se fait surprendre sur une action découlant d’un corner. Bouna Sarr laisse trop d’espace à Gomel qui surprend Fischer d’une frappe en première intention, Jean Ruiz et Cristian Devenish ne pouvant pas réagir assez vite pour se mettre sur la trajectoire, et Jonathan Fischer étant pris de court sur son côté fermé. L’autre but, en toute fin de match, intervient sur un centre anodin. 4 messins gardent 2 attaquants sochaliens, mais Deedson reçoit le ballon coincé entre Idris Mohamed et Jean Ruiz. Il se défait pourtant aisément du marquage serré de Ruiz et trouve un angle de frappe parfait au point de penalty face à Maxime Colin, et Fischer, en partie masqué, n’arrive pas à empêcher ce second but. Un bilan moyen mais des raisons d’y croire Au total, Metz a laissé tirer ses adversaires 33 fois en 2 matchs, un total colossal (14 tirs cadrés subis, et 5 buts encaissés) qui montre une certaine tendance des messins à ne pas assez fermer le jeu derrière, et des difficultés à empêcher les occasions adverses, peu importe le type d’action. On ne peut que constater une forme de fragilité défensive des messins, parfois dans l’entre-jeu, parfois parmi les défenseurs centraux, à faire face aux meilleurs situations adverses. Malgré tout, contre Sochaux, les Grenats ont montré qu’ils pouvaient moins subir le jeu, et qu’il leur était possible de trouver une forme d’assise stable. Avec cet objectif en tête, le retour inattendu d’Idris Mohamed au milieu de terrain aura fait beaucoup de bien aux Messins. À un poste destiné au malheureux Nampalys Mendy (gravement blessé au genou il y a quelques semaines), l’international comorien a monté des capacités athlétiques et techniques qui laissent entrevoir un avenir intéressant à ce poste, alors qu’il avait été en difficulté contre Laval en tant que stoppeur. Son profil pourrait stabiliser la défense messine sans « mettre le bus » et garder des opportunités pour trouver les joueurs offensifs. Derrière lui, des questions se posent. Cristian Devenish, le seul joueur de champ messin ayant disputé l’intégralité des minutes de jeu en Ligue 2 cette saison, semble indiscutable. Imparfait mais volontaire et efficace, il remplit bien le rôle de central axial dans le trio défensif. Mais à ses côtés, Jean Ruiz a semblé plus en difficulté. L’ancien palois sait se montrer dur sur l’homme mais manque de régularité et la qualité de relance promise à son arrivée tarde parfois à se manifester. Michel Mboula garde les qualités et les défauts entraperçus lors de ses saisons précédentes à Metz, avec des qualités de vitesse, d’anticipation et de passe compensées par des largesses, des erreurs de placement, et des problèmes de concentration ponctuels qui en font un profil au jeu risqué pour un défenseur. Maxime Colin, toujours au minimum compétent, semble parfois dépassé en un-contre-un par des joueurs adverses plus athlétiques quand il évolue dans l’axe plutôt que sur un côté. L’équilibre à trouver pour Grégory Proment Il reste alors peu de prétendants. Les jeunes Adam Marchal et Abdoulaye Nassoko, plutôt convaincants avec l’équipe réserve et disposant de contrats professionnels, semblent encore trop tendres et ne sont jamais apparus avec les pros, en plus d’être récemment bloqués par des blessures. Le salut défensif messin passera donc par une élévation de son niveau de jeu plutôt que par un changement de personnel, en attendant d’éventuels renforts au mercato hivernal. S’habituer à un nouveau système défensif prend du temps, et les faillites défensives du FC Metz trouvent sans doute leur explication à ce titre ; hélas, le club n’a plus vraiment de temps à perdre s’il veut jouer les premiers rôles en Ligue 2 cette saison. L’objectif de Grégory Proment va être de mettre ses joueurs défensifs dans les meilleurs conditions : mettre plus d’intensité dans l’entre-jeu pour limiter les adversaires qui « percent » la défense, les inciter à resserrer les espaces, et les faire gagner en confiance et en régularité pour limiter le plus possible les erreurs individuelles qui ont causé la majorité des buts encaissés ces dernières semaines. « Les joueurs comprennent bien les choses, ils font bien les choses, » avise Grégory Proment, pour qui « il faut réussir gommer les erreurs individuelles, mais pas l’animation défensive dans sa globalité« . Crédit photo : Julien Tomasello / Let’s Go Metz