103 Président emblématique du FC Metz pendant plusieurs décennies, Carlo Molinari s’est longuement confié sur son parcours. De son enfance entre la Lorraine et l’Italie aux grandes heures européennes du club grenat, il raconte une vie portée par l’ambition, la fidélité et une passion intacte pour le football. Né à Villerupt dans une famille d’origine italienne, Carlo Molinari n’a que quelques mois lorsque ses parents s’installent à Metz. En 1939, devant la menace de la guerre, sa mère l’envoie auprès de ses grands-parents dans le nord de l’Italie. Il y reste jusqu’à l’âge de quinze ans, avant de retrouver la Lorraine en 1948. Le football occupe déjà une place dans sa jeunesse. Il évolue pendant deux saisons chez les cadets du FC Metz, mais une autre passion s’impose rapidement : le motocross. À dix-sept ans et demi, il commence la compétition. Quelques années plus tard, il devient champion de France, après avoir annoncé son futur succès à un journaliste de L’Équipe : « Vous pouvez le dire : l’année prochaine, à la fin du championnat, je serai champion. » Cette assurance accompagne également son parcours professionnel. Fils de transporteur, il grandit au contact des poids lourds : « Dès mon plus jeune âge, presque dans le berceau, je roulais en camion. […] Aujourd’hui encore, je suis amoureux des camions. » Avec son ami Roger Carpi, il crée sa propre entreprise et devient concessionnaire. Le travail, le goût du risque et la volonté de construire préparent sans doute déjà le futur dirigeant. Crédit photo : DR (fournie par Carlo Molinari) En 1967, le début d’une aventure hors norme En 1967, alors que le FC Metz vient de retrouver la première division, le nom de Carlo Molinari est proposé à Paul Mayer, président de l’époque. Une rencontre suffit presque à le convaincre. « Je n’ai pas eu besoin de beaucoup réfléchir. […] Dans mon esprit, j’avais déjà accepté. Et me voilà parti dans cette aventure à trente-quatre ans. » Le nouveau président ne travaille pas seul. Il s’entoure de dirigeants aux compétences complémentaires et fixe un objectif qui semble alors raisonnable : installer durablement le club parmi l’élite. « Si on reste dix années en première division, on aura accompli notre œuvre. […] Au lieu de rester dix ans en Ligue 1, on y est resté trente-cinq ans. » Dès la première saison, il assume des choix forts. Seuls quelques joueurs de l’équipe montée parmi l’élite sont conservés, tandis que l’effectif est profondément renforcé. À ceux qui redoutent un manque d’automatismes, il répond que la cohésion naîtra de la volonté, de l’enthousiasme et du travail. Le développement du stade Saint-Symphorien suit la même logique progressive. Avec l’accompagnement de la ville de Metz et de Jean-Marie Rausch, les installations sont modernisées étape par étape. Le président veut faire grandir le club sans lui faire perdre son identité, symbolisée par une couleur grenat déjà présente avant son arrivée et à laquelle il demeure profondément attaché. Des choix sportifs guidés par des valeurs humaines Carlo Molinari revient sans détour sur plusieurs dossiers marquants. Celui de Michel Platini reste associé à un double regret. Le jeune joueur, observé à Metz, n’est pas retenu après des examens défavorables. « Ça a été une erreur d’appréciation et, en même temps, une erreur médicale. » Nancy saisit alors une occasion que le FC Metz n’a pas su mesurer. À l’inverse, le président s’investit personnellement pour attirer Patrick Battiston et Bernard Zénier. Il se souvient d’une époque où le recrutement reposait beaucoup sur les relations humaines, la présence auprès des familles et la capacité à inspirer confiance. L’histoire de Michele Padovano révèle plus encore sa conception de l’engagement. Alors que le joueur doit signer au FC Metz après son départ de Crystal Palace, il se rompt le tendon rotulien la veille du rendez-vous. Malgré une indisponibilité annoncée de plusieurs mois, Carlo Molinari tient sa promesse : « Michele, tu es un joueur du FC Metz. » Au-delà du résultat sportif, l’ancien président conserve le souvenir d’une décision morale qu’il n’a jamais regrettée. Crédit photo : RL (Carlo Molinari avec Gérard Hitz et Jacky Lemée) Le départ de 1978 et le retour pour sauver le club En 1978, des tensions internes et politiques bouleversent l’équilibre du FC Metz. Mis en minorité, Carlo Molinari refuse de rester pour occuper une fonction sans véritable pouvoir : « Si je suis en minorité, je ne reste rien du tout. Je suis parti comme ça. » Quelques années plus tard, le club traverse une situation financière très préoccupante. À la demande de Jean-Marie Rausch, il revient d’abord pour prendre en charge le domaine sportif, puis retrouve officiellement la présidence en 1983. Cette seconde période ouvre l’un des chapitres les plus riches de l’histoire messine. Le centre de formation prend une importance croissante. Le regroupement des jeunes, l’acquisition du Chalet de Vaux et la structuration progressive de l’encadrement donnent au FC Metz un outil destiné à durer. « Ça fait partie vraiment de ce qu’on a mis en place et qui existe toujours de manière assez efficace. » Carlo Molinari souligne également le rôle de ses entraîneurs. Henryk Kasperczak accompagne le retour du club vers les sommets et remporte la Coupe de France 1984. Marcel Husson, qu’il décrit comme un homme généreux et un humaniste parfois incompris, lui succède avec sa propre personnalité. Joël Muller incarne ensuite une méthode plus programmée et mesurée, fondée sur une grande exigence physique. Crédit photo : RL (Carlo Molinari présentant la nouvelle plaquette du FC Metz à l’entraîneur Henryk Kasperczak et ses joueurs en septembre 1983) Barcelone 1984, l’exploit devenu éternel Le 3 octobre 1984 demeure une date à part. Battu 4-2 à l’aller à Saint-Symphorien, le FC Metz semble condamné avant son déplacement au Camp Nou. Carlo Molinari refuse pourtant de considérer la rencontre comme perdue : « J’y ai toujours cru, j’ai dit qu’on allait gagner là-bas. Je n’ai pas dit qu’on allait se qualifier. » Les Grenats s’imposent finalement 4-1 à Barcelone et signent l’un des plus grands exploits européens du football français. Cette victoire fait changer le club de dimension. Elle renforce sa notoriété et donne à toute une génération de supporters un souvenir devenu indissociable de l’identité messine. Cette année 1984 est également celle de la première Coupe de France remportée par le FC Metz. Parmi les différents trophées nationaux conquis sous sa présidence — deux Coupes de France et deux Coupes de la Ligue — Carlo Molinari conserve une préférence pour ce premier succès. Dans une Lorraine touchée par la crise industrielle, la présence massive des supporters à Paris et la joie partagée donnent à cette victoire une portée particulière. Crédit photo : RL (Le départ en bus de l’équipe du FC Metz le 10 mai 1984 pour la finale de la Coupe de France avec Carlo Molinari à la tête de la délégation messine) 1998, si près du titre… La saison 1997-1998 constitue un autre sommet. Porté par une équipe remarquable, le FC Metz termine à égalité de points avec le RC Lens, mais laisse échapper le titre à la différence de buts. Carlo Molinari refuse toutefois de réduire cette campagne au dénouement final. À ses yeux, le championnat s’est aussi joué lors de la confrontation directe avec Lens, et la frustration ne doit pas effacer la fierté d’avoir vu Metz rivaliser jusqu’au bout avec les meilleurs. « Sur le coup, on n’était déçus qu’à moitié, parce qu’en fait, on avait fait une telle saison… On n’allait pas effacer de l’esprit, d’un coup, d’un seul, tout ce qu’on avait réalisé. » Le départ de Robert Pirès à l’issue de la saison illustre les limites économiques du club. Très sollicité et désireux de découvrir un nouvel environnement, le futur champion du monde ne peut être retenu. Molinari garde néanmoins la satisfaction d’avoir accompagné son développement avant de le voir atteindre le plus haut niveau. Quelques années plus tard, la relégation de 2002 met fin à trente-cinq saisons consécutives dans l’élite. Le président la décrit comme l’une des épreuves les plus difficiles de son parcours, même si le club remonte immédiatement. « C’était l’un des éléments les plus pénibles, parce qu’après trente-cinq ans de Ligue 1, se retrouver en Ligue 2, ce n’était pas spécialement facile. » La chute en National, survenue après son retrait de la présidence, lui laissera une blessure plus profonde encore, atténuée par les deux montées successives obtenues sous la direction d’Albert Cartier. Crédit photo : Hugo JASKOWIAK Un héritage qui dépasse les trophées Le partenariat avec Génération Foot prolonge la volonté de former et de découvrir de nouveaux talents. Né de relations nouées avec le Sénégal, il permet au FC Metz d’accueillir plusieurs joueurs qui marqueront son histoire, comme Papiss Cissé, Lamine Camara, Babacar Gueye ou encore Sadio Mané. « On a créé une société, on s’est mis en association. Et voilà, aujourd’hui, ça porte encore ses fruits. » Carlo Molinari en parle avec fierté, tout en s’interrogeant lucidement sur l’équilibre à conserver entre cette coopération et la formation locale. Son parcours ne se résume donc ni aux trophées, ni aux exploits, ni aux regrets. Il raconte surtout la construction patiente d’un club, avec des choix heureux, des erreurs reconnues et une fidélité exceptionnelle. De 1967 à son retrait de la présidence, Carlo Molinari aura traversé plusieurs générations sans jamais rompre le lien qui l’unit au FC Metz. L’entretien complet « Carlo Molinari : un président emblématique et l’âme du FC Metz » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary. Image à la une : Matthieu Henkinet / Let’s Go Metz (archive)