Joël Muller : joueur, formateur, entraîneur… une vie pour le football

9 minutes de lecture

Joël Muller : joueur, formateur, entraîneur… une vie pour le football

9 minutes de lecture

Joueur, formateur, entraîneur puis dirigeant, Joël Muller a traversé plusieurs époques du football français sans jamais s’éloigner durablement du FC Metz. De ses premières émotions sedanaises aux grandes heures grenat, puis de Lens à ses engagements institutionnels, il raconte un parcours fondé sur la fidélité, le travail collectif et la transmission.

L’histoire commence dans les Ardennes. Enfant, Joël Muller vit à Charleville-Mézières et se rend chaque dimanche à Sedan avec son grand-père, dirigeant du club. Le CSSA vient alors de remporter deux Coupes de France et évolue parmi les meilleures équipes du pays. Il y prend sa première licence pendant deux années et découvre les émotions qui façonneront son rapport au football.

La mutation de son père, gendarme, conduit ensuite la famille en Moselle. Joël Muller rejoint le FC Metz à l’adolescence, alors que le club évolue en deuxième division, et gravit progressivement les échelons. Défenseur de formation, il porte un regard lucide sur son propre profil.

« Je manquais vraisemblamement de vitesse de course et peut-être de vivacité technique. Par contre, j’étais extrêmement volontaire, appliqué et régulier. »

Cette régularité devient l’une de ses principales forces. Elle lui permet d’inscrire sa carrière dans la durée et d’observer avec attention les entraîneurs rencontrés. René Fuchs, qui le dirige avec la réserve, occupe une place particulière par sa confiance et ses qualités humaines. René Vernier lui fait découvrir une méthode différente, Georges Huart apporte de la fraîcheur, tandis que Jacques Favre et Georges Zvunka enrichissent également sa réflexion.

« J’ai trouvé chez tous des points intéressants et des qualités que j’ai essayé de mettre en valeur lorsque je suis devenu entraîneur. »

Crédit photo : DR (fournie par Joël Muller)

Nice, Lyon et Dunkerque : apprendre autrement

Après plus d’une décennie au FC Metz, Joël Muller quitte le club en 1978. Le changement de présidence et le départ de Carlo Molinari modifient alors l’équilibre interne. Il rejoint l’OGC Nice et découvre Albert Batteux, entraîneur majeur du football français. Au-delà des séances, il retient un homme capable de transmettre une vision du jeu et d’élever ses joueurs.

Une saison plus tard, il signe à l’Olympique Lyonnais, où il retrouve Aimé Jacquet. Le futur sélectionneur des champions du monde 1998 n’a pas encore cette stature, mais Joël Muller discerne déjà un technicien posé, humain et doté d’une véritable autorité.

Son arrivée à Dunkerque en 1981 prépare directement sa reconversion. Depuis longtemps, Joël Muller entraîne des jeunes en parallèle de sa carrière et profite de ses vacances pour passer ses diplômes, au grand désarroi de son épouse. Robert Domergue lui propose alors de bénéficier de son expérience avant de lui succéder.

« Plutôt que de partir en vacances, je me retrouvais à l’INF, à Paris ou à Vichy. Mais au moins, cela m’a permis à 32 ans d’avoir mes diplômes. »

Revenir au FC Metz et former les joueurs de demain

À la fin de son contrat dunkerquois, plusieurs possibilités s’offrent à lui. Carlo Molinari l’appelle et lui propose de prendre la responsabilité du centre de formation du FC Metz.

« C’était sûrement le moment de chance que j’ai eu dans ma vie : à un moment donné, le président a pensé à moi. Pouvoir débuter avec les jeunes est quelque chose de formidable. »

Responsable de la formation lors de l’exploit européen de 1984, il est invité par Marcel Husson et Carlo Molinari au retour contre le FC Barcelone. Après la défaite 4-2 à Saint-Symphorien, presque personne n’imagine une qualification messine au Camp Nou.

Dans la tribune présidentielle, Joël Muller voit pourtant l’assurance des dirigeants catalans disparaître progressivement. Les cigares sont rangés, l’inquiétude gagne les salons et Barcelone finit totalement bousculé par Jules Bocandé, Toni Kurbos et leurs partenaires. Metz s’impose 4-1 et réalise l’un des plus grands exploits de son histoire.

« À part les joueurs, peut-être le coach et le président, personne n’y croyait. »

Que sont devenus les joueurs de l'équipe du FC Metz en 1984 ?
Crédit photo : DR

Dix années pour construire le grand FC Metz

En 1989, Carlo Molinari lui confie l’équipe première après le passage d’Henri Depireux. La situation sportive ne laisse aucune place aux états d’âme : Metz est mal classé et doit se maintenir. Joël Muller aborde cette première expérience avec pragmatisme, en pensant immédiatement à la semaine d’entraînement, à sa sélection et au prochain adversaire.

« Quand vous avez l’équipe, vous ne vous posez pas ce genre de questions. On est mal classé, il faut se maintenir. Ce qui vous préoccupe, c’est le match qui suit. »

Le maintien obtenu ouvre une aventure exceptionnelle par sa longévité. Pendant plus de dix ans, l’équipe progresse par étapes. Elle quitte les places de milieu de tableau, se structure autour d’un staff stable et bénéficie de la confiance de Carlo Molinari. Le recrutement, auquel contribue notamment Bernard Zénier, permet de bâtir un effectif toujours plus ambitieux.

« Ma plus grande fierté, c’est de durer et de progresser. »

Cette progression trouve une première récompense majeure en 1996. Face à Lyon au Parc des Princes, le FC Metz remporte la Coupe de la Ligue aux tirs au but. Joël Muller ne présente jamais ce trophée comme un miracle isolé : il y voit l’aboutissement logique de trois saisons de travail, d’une ambition grandissante et d’une communion avec le public.

« C’était le résultat de trois saisons durant lesquelles l’équipe progressait. C’était le résultat d’un travail collectif. »

Photo : Jean Michel Bancet / Icon Sport

1998 : Une année historique pour le FC Metz et vice-champion de France

Deux ans plus tard, les Grenats jouent le titre jusqu’à la dernière journée. Ils terminent à égalité de points avec Lens, mais échouent à la différence de buts. Le soir du dénouement, malgré la foule réunie dans les rues de Metz, Joël Muller peine à partager la fête. Le championnat vient de s’envoler à la différence de buts.

L’absence de Frédéric Meyrieu lors du match à Lens demeure un épisode controversé, dont les acteurs livrent des versions différentes. Dans l’entretien, Joël Muller raconte brièvement la sienne, impliquant les présidents Carlo Molinari et Gervais Martel. Il refuse toutefois d’y voir l’explication de la défaite : même avec Meyrieu, rien ne garantissait un résultat favorable face à Lens.

« Le soir du dernier match, j’avais du mal à partager la joie des supporters parce qu’on venait d’échouer. Ce sentiment de frustration m’a dominé pendant de nombreuses années. »

Crédit photo : DR

Lens, une nouvelle communion et à nouveau presque champion

Après son départ du FC Metz, Joël Muller choisit le RC Lens en 2001. Malgré la blessure de 1998, le club nordiste l’attire par la chaleur de Bollaert, le respect réservé aux adversaires et la présence de Gervais Martel, président auquel il trouve des similitudes avec Carlo Molinari. Pour un entraîneur qui place le public au centre de son métier, l’environnement lensois apparaît naturel.

Dès sa première saison, Lens se transforme. Une unité se crée dans le groupe, les ambitions grandissent et des joueurs comme Guillaume Warmuz, Jocelyn Blanchard, Valérien Ismaël, Éric Sikora ou Papa Bouba Diop portent l’équipe jusqu’au dernier rendez-vous. Leader avant l’ultime journée, le Racing s’incline à Lyon et termine vice-champion.

« On ne digère jamais ce genre de situations. L’histoire est passée, on restera pour l’éternité deuxième. »

Joël Muller reçoit néanmoins le trophée UNFP du meilleur entraîneur de Division 1 en 2002. Il apprécie particulièrement d’être distingué par ses pairs, mais refuse d’isoler sa réussite de celle du groupe.

Crédit photo : Le Progrès

Un retour difficile, puis la défense du métier

En 2005, Carlo Molinari le rappelle après le départ de Jean Fernandez à Marseille. Joël Muller reprend un effectif constitué sans lui et ne retrouve pas chez certains joueurs la disponibilité ni l’engagement collectif indispensables à ses yeux. La saison se termine par une relégation, malgré quelques souvenirs heureux comme la victoire contre Marseille obtenue grâce à Babacar Gueye.

Son influence dépasse ensuite le banc. Adhérent à l’UNFP dès son premier contrat professionnel, il s’investit durablement dans la défense de son métier et préside l’UNECATEF de 2001 à 2016. Il travaille sur le statut et la formation des entraîneurs, leurs relations avec les instances et leur capacité à exercer à l’étranger.

Il retrouve également le football amateur comme vice-président de la Ligue du Grand Est. Aux côtés d’Albert Gemmrich et du directeur technique régional Patrice Grethen, il participe à la formation des éducateurs, à l’organisation des compétitions et à l’accompagnement des clubs.

« Après une carrière professionnelle, ma préoccupation était de soutenir, d’aider et de participer à l’évolution du monde amateur. »

Photo : Alain Gadoffre / Onze / Icon Sport

Un football transformé, mais toujours attractif

Retraité des bancs, Joël Muller observe l’évolution de son sport. Le football est devenu un événement mondial, générant des recettes et des salaires sans commune mesure avec ceux de son époque. Il ne condamne pas cette transformation, à condition que les clubs restent contrôlés et correctement administrés. Sur le terrain, il souligne l’accélération du jeu, la multiplication des courses explosives et les progrès techniques et tactiques des joueurs.

« Quand vous voyez des images d’il y a dix ans, on a l’impression que c’est un autre rythme, qu’à l’époque on jouait au ralenti et que maintenant c’est le vrai football. »

Il se montre également favorable à la VAR lorsqu’elle corrige une erreur claire et soulage l’arbitre d’une partie de la pression, tout en regrettant les interruptions trop longues et les décisions prises pour quelques millimètres. Cette réflexion traduit sa manière d’aborder le football : accepter son évolution sans renoncer à l’exigence, à la responsabilité et au respect de ses acteurs.

Joël Muller conserve enfin un regret : ne jamais avoir entraîné Sedan, le club de ses premières émotions. Son histoire reste néanmoins indissociable du FC Metz. Joueur, formateur, entraîneur et dirigeant, il y a consacré plusieurs décennies et accompagné l’une des plus belles périodes de l’institution grenat.

L’entretien complet « Joël Muller : l’entraîneur emblématique des Grenats » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.