439 Passée par le FC Woippy, le Pôle Espoir de Strasbourg, le Racing Club de Strasbourg et le FC Metz, Lola Losson évolue aujourd’hui au CSO Amnéville. La jeune attaquante raconte un parcours déjà riche, son goût intact pour le jeu et un quotidien mené entre football, futsal et travail en boulangerie. L’histoire entre Lola Losson et le football ne commence ni devant un match télévisé ni au sein d’une famille qui lui aurait transmis cette passion. Enfant, elle ne s’intéresse pas particulièrement au ballon rond et tente d’abord brièvement la danse. Tout change à l’école primaire, lorsqu’une intervention du président du FC Woippy lui fait découvrir une discipline qu’elle ne quittera plus. « Le soir, je suis rentrée et j’ai directement dit à ma mère : “Je vais aller à l’entraînement.” J’y suis allée et j’ai dit : “Je signe.” Depuis, je n’ai pas arrêté. » Elle a alors sept ans. À partir de ce premier entraînement, le football devient une évidence. Avec les filles ou parfois au milieu des garçons, une seule chose compte : pouvoir jouer. « J’ai toujours pris du plaisir. Tant que je jouais, tout allait bien. » Treize années plus tard, cette recherche du plaisir demeure l’un des fils conducteurs de son parcours. Gardienne à l’occasion, joueuse de couloir, ailière, piston, numéro 10, attaquante ou même défenseure centrale : Lola explore plusieurs postes. Cette polyvalence lui sera utile tout au long de sa formation, même si sa préférence s’affirme pour les rôles offensifs. Crédit photo : DR (fournie par Lola LOSSON) Une première expérience difficile au FC Metz Repérée lors d’une rencontre face aux U13 messines, Lola Losson est invitée à participer à des tests. Lorsqu’elle apprend qu’elle est retenue, elle n’hésite pas. À 13 ans, rejoindre le FC Metz représente une formidable occasion de progresser au sein du club phare de la région. La réalité se révèle pourtant plus délicate. Son arrivée dans un groupe déjà formé, le contexte du Covid-19 et un saut de classe compliquent son intégration. Au terme de cette première saison, elle préfère partir. À cet âge, Lola ne pense pas encore à bâtir méthodiquement une carrière professionnelle. « Joueuse professionnelle, ça fait rêver, mais je ne me suis pas demandé comment y arriver. Je voulais jouer au foot. » Le niveau compte, bien sûr, mais il ne prend jamais le dessus sur l’envie de prendre du plaisir. » Elle revient alors au FC Woippy, son club formateur. Surclassée avec les U18 puis avec les seniors, elle se confronte à des joueuses plus âgées et plus expérimentées. Cette étape lui permet de gagner en maturité et d’élever son niveau. « C’était de très belles années parce que j’ai beaucoup progressé en jouant au-dessus de mon niveau, avec des filles qui avaient de l’expérience. » Le Pôle Espoir, « les meilleures années » de son adolescence Lola Losson intègre ensuite le Pôle Espoir de Strasbourg et découvre l’internat, les entraînements quotidiens, la musculation et l’exigence d’un véritable double projet scolaire et sportif. Les journées sont chargées et l’éloignement familial demande un temps d’adaptation, mais la jeune joueuse trouve rapidement sa place dans le groupe. Avec le recul, elle conserve un souvenir très fort de cette période. « C’était dur sur le moment, mais, quand j’y repense, ce sont des années qui me manquent. C’étaient vraiment les meilleures années de mon adolescence. » Elle bénéficie d’un véritable double projet. L’organisation lui permet de préparer son baccalauréat tout en s’entraînant quotidiennement. L’internat renforce également les liens. « On avait vraiment un vrai groupe. Au final, je me dis que l’internat, c’était trop bien : tu es tout le temps avec tes copines. » Sa présence à Strasbourg facilite ensuite son arrivée au RCSA. Elle connaît déjà une grande partie des joueuses et s’adapte rapidement. Elle participe à la montée en U19 National, se confronte à des clubs comme l’Olympique Lyonnais ou le Stade de Reims et noue des amitiés qui perdurent bien au-delà du football. En 2024, son aventure alsacienne se conclut par une victoire 2-0 contre l’AS Nancy-Lorraine en finale de la Coupe du Grand Est. Appelée avec quelques U19 pour renforcer les seniors, Lola aborde ce rendez-vous comme une dernière occasion de profiter avant son départ : « Je savais que j’allais partir du Racing. C’était vraiment mon dernier moment avec le club et il fallait qu’il soit bien. » Revenir à Metz, maintenir les U19 puis repartir Après Strasbourg, Lola Losson choisit de revenir dans sa région et d’offrir une deuxième chance au FC Metz. Elle possède encore une saison à disputer en U19 et retrouve ainsi un environnement proche de sa famille sans renoncer à un niveau national. Le maintien se joue dans les dernières journées. Lola garde notamment en mémoire une rencontre renversante face à Lille : menées 3-1 après avoir ouvert le score, les Messines s’imposent finalement 4-3. À la fin de la saison, la question de son avenir se pose. Lola aurait naturellement aimé rejoindre l’équipe première, mais elle comprend que les perspectives sont limitées. Elle ne s’est entraînée que deux fois avec le groupe de D2 et sait qu’en restant, elle risque de ne pas obtenir de temps de jeu. Elle refuse toutefois de considérer ce départ comme un échec. « Je l’ai pris comme un défi. Je me suis dit que je pouvais toujours me relever et que, si je m’en donnais les moyens, je pourrais réussir à jouer un jour en D2. » Cette lucidité la conduit vers le CSO Amnéville. Le projet sportif, la qualité de l’effectif et la possibilité de rester proche de sa famille finissent de la convaincre. Crédit photo : LET’S GO METZ À Amnéville, deux buts et une finale particulière La première saison de Lola commence idéalement. Le CSO Amnéville bat notamment l’ESTAC Troyes 3-0 et occupe la tête du classement. Le groupe termine finalement troisième et atteint la finale de la Coupe du Grand Est. Cette finale revêt une saveur particulière pour Lola. Deux ans après avoir remporté la compétition avec Strasbourg, elle retrouve son ancien club avec Amnéville. Dès la quatrième minute, elle reprend un centre contré et ouvre le score. Habituellement peu démonstrative après ses buts, elle se laisse cette fois emporter par l’émotion. « Je n’ai jamais célébré. Quand je regarde les vidéos, je me vois courir les bras écartés et tout le monde vient vers moi. J’étais vraiment trop heureuse. » Strasbourg renverse toutefois la rencontre. Menées 4-1, les Amnévilloises refusent d’abandonner et se lancent dans une remontée tardive. Lola inscrit alors un deuxième but spectaculaire. Elle ne célèbre presque pas, consciente que chaque seconde compte, et retourne immédiatement se placer. Le CSO revient à 4-3 sans parvenir à égaliser. « On s’est dit qu’il fallait y aller et tout donner. On était à deux doigts d’égaliser. Avec encore quelques frappes et quelques actions, on égalisait. » Malgré la défaite, ses deux réalisations mettent en lumière sa projection, sa frappe de balle et son refus d’abdiquer. Crédit photo : DR (fournie par Lola LOSSON) Le futsal, un plaisir devenu complément En parallèle, Lola découvre le futsal à l’UL Rombas grâce à l’invitation d’une amie. Son profil semble d’abord davantage adapté aux grands espaces. Habituée à courir le long de la ligne, elle doit apprendre un jeu plus technique, plus rapide et fondé sur les combinaisons dans des espaces réduits. Le défi lui plaît immédiatement. « Au fur et à mesure, j’ai beaucoup progressé techniquement. » Le futsal développe son jeu dos au but, ses appuis, ses démarrages, ses dribbles et ses combinaisons. Confrontée à un choix surprise entre les deux disciplines, Lola reconnaît qu’elle privilégierait le football, mais non sans difficulté. Elle a même décliné la possibilité d’évoluer à un niveau supérieur en futsal afin de préserver son projet sur grand terrain. Pour autant, elle ne souhaite pas renoncer à cette deuxième pratique : « Je prends du plaisir, j’ai progressé et j’arrive à combiner les deux. Alors, pourquoi en arrêter une ? » Elle vient d’ailleurs de signer, il y a quelques jours, au club de futsal de Saint-Privat-la-Montagne. Crédit photo : DR (fournie par Lola LOSSON) Du terrain au fournil, un rythme hors du commun Titulaire d’un CAP boulangerie, Lola travaille à la préparation : cuisson des viennoiseries, confection des tartes et snacking. Elle doit organiser son emploi du temps autour de journées qui commencent parfois bien avant le lever du soleil. La saison précédente, les entraînements programmés en milieu d’après-midi nécessitaient des aménagements. Lola souligne l’aide de sa responsable, qui adaptait ses horaires pour lui permettre de poursuivre son projet sportif. À Amnéville, les séances organisées le soir rendent la conciliation plus simple, mais le rythme reste impressionnant. « Quand l’entraînement commence à 19 h 30, je finis à 21 heures. Le temps de me doucher, de rentrer et de manger, je me couche tard. Et quand je commence à 4 heures du matin, les réveils piquent parfois un peu. » Peu dormeuse et animée par le besoin de rester active, Lola a trouvé un équilibre qui lui ressemble. Son quotidien illustre la réalité de nombreuses sportives : poursuivre leurs ambitions tout en exerçant un métier exigeant. Crédit photo : LET’S GO METZ La D3 comme prochain objectif, la D2 comme rêve Malgré son jeune âge, Lola Losson a déjà connu plusieurs clubs, un Pôle Espoir, l’internat, les championnats nationaux de jeunes, deux finales régionales, le football, le futsal et les contraintes d’une vie professionnelle. Elle se dit fière du chemin parcouru, tout en portant un regard lucide sur les choix et les efforts qui auraient pu infléchir sa trajectoire. « Je n’ai pas de regrets, mais je me dis que, si je m’étais davantage donnée ou si j’avais fait d’autres choix, peut-être que je n’en serais pas là. Après, on va dire que c’était écrit comme ça. » Son ambition reste intacte. Elle souhaite désormais découvrir la D3 féminine, avec Amnéville ou ailleurs, et ne s’interdit pas de viser encore plus haut. « Mon projet, c’est de jouer prochainement en D3 et, pourquoi pas, de toucher la D2 ou la D1, le rêve. » Lorsqu’elle doit finalement résumer son parcours en un seul mot, Lola choisit « magique ». Un terme qui renvoie autant aux trophées et aux buts qu’aux amitiés, aux apprentissages et au plaisir préservé depuis son premier entraînement à Woippy. L’entretien complet « Lola Losson : football, futsal et boulangerie… un quotidien hors du commun » est à retrouver sur la chaîne YouTube Hugo Jaskowiak Commentary.