Philippe Hinschberger « Je ne peux pas endosser toutes les responsabilités »

Avant d’aller affronter les Verts samedi au stade Geoffroy-Guichard, Philippe Hinschberger nous a accordé un peu de son temps pour un entretien exclusif. Interview fleuve, avec le patron technique du club qui revient avec nous sur ses débuts d’entraîneur, l’évolution de son métier et sur sa situation actuelle sur les bords de la Moselle.

Vous avez commencé votre carrière d’entraîneur à Louhans-Cuiseaux en 1997, quelle est la différence entre le Hinschberger de l’époque et l’actuel ?

Avant de commencer ma carrière solo à Louhans-Cuiseaux, j’étais adjoint à Sochaux. Auparavant j’avais quatre ans de responsabilités au centre de formation du FC Metz de 1992 à 1996. Mais c’est vrai que Louhans était ma première expérience d’entraîneur solo. La grosse différence par rapport à aujourd’hui, hormis la différence technique, c’est le travail.

À Louhans-Cuiseaux je travaillais seul. Je n’avais pas d’entraîneur des gardiens et je n’avais pas d’entraîneur-adjoint. Je travaillais de temps en temps avec l’entraîneur de la réserve et je n’avais même pas de préparateur physique, j’étais vraiment seul. D’un côté je disais « les gardiens échauffez-vous à côté, vous avez un quart d’heure ». Les blessés s’auto-géraient avec un chrono, je leur donnais un programme que j’avais fait. Je m’occupais aussi de la préparation physique.

Depuis 2001 je travaille avec un staff. Là on peut prendre beaucoup plus de recul sur les séances. Histoire de ne pas entendre tout le temps le bruit de ta voix, sinon cela devient lassant et usant. C’est donc la première grosse différence. 

Ensuite il y a la différence dans le management. Je suis moins copain avec les joueurs et moins dans l’affect qu’au début de ma carrière. Pour autant je reste quelqu’un que l’on pourrait qualifier comme étant proche de ses joueurs. J’aime bien mes joueurs, j’aime bien les hommes qu’ils sont, j’aime déconner avec eux, pouvoir se chambrer un peu et être dans la dérision mais toujours dans certaines circonstances, bien évidemment. Aujourd’hui les choix que je dois faire sur les compositions d’équipes sont moins douloureux qu’au début de ma carrière. Avec le temps c’est le métier qui parle et le métier c’est de faire des choix toutes les semaines. Avant je notais toutes mes séances, je regardais ce que je faisais le mois d’avant ou l’année précédente. Aujourd’hui je suis plutôt dans l’ouverture de trouver quelque chose de nouveau, pour surprendre ou pour ne pas tomber dans la routine.

 

Devenir entraîneur a toujours été dans vos plans ou est-ce un choix qui ne s’est dessiné qu’à la fin de votre carrière de joueur ?

Les deux. Je suis issue d’une famille d’enseignants, dans toute ma sphère proche il y a des instituteurs ou des profs. Moi-même j’ai fait l’école normale d’instituteurs. D’ailleurs à l’époque on me nommait le « footballeur-instituteur », j’avais fait aussi l’UREPS (Unité d’enseignement et de recherche en EPS) à Nancy la première année. J’étais même passé en deuxième année, du coup j’étais à Nancy…

 

Où ça ? Je ne connais pas… (rires)

C’est pour ça que je suis vite revenu à Metz d’ailleurs ! Tout le monde peut faire des erreurs, une année à Nancy c’était largement suffisant ! (rires) Toujours est-il que pour moi, il y avait comme une vocation de pédagogue dans ma famille. De ce fait j’ai passé rapidement mes diplômes d’entraîneur. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire après ma carrière de joueur mais assez rapidement l’entrainement m’a intéressé.

À partir de 25-26 ans, j’ai commencé a beaucoup échanger et communiquer avec mes différents entraîneurs, pour savoir pourquoi ils faisaient ça comme cela. J’ai passé mon BE1 à 24 ans, mon BE2 à 30 ans, c’est à dire que quand j’ai fini ma carrière de joueur, j’avais les diplômes nécessaires pour pouvoir entraîner. Peut-être pas en Ligue 1 mais au moins jusqu’en National.

Ensuite sur la fin de ma carrière de joueur, le président Molinari m’a proposé la responsabilité du centre. J’y ai croisé des joueurs comme Cyril Serredszum, Didier Lang, Cyrille Pouget ou Robert Pires. C’était plutôt intéressant. Cela a été un véritable laboratoire en terme de travail ou d’entraînement. Partant de là j’ai dû continuer avec le Certificat de Formateur puis le DEPF (Diplôme d’Entraîneur Professionnel de Football). Cela veut dire qu’en 1996 j’avais le diplôme de formateur pour m’occuper d’un centre de formation et le diplôme d’entraîneur pour entraîner une équipe professionnelle. J’ai arrêté ma carrière à 33 ans pour me consacrer uniquement à cela alors que j’étais encore en forme. J’aurais pu jouer deux ou trois années supplémentaires. D’autant plus que j’ai terminé au poste de libéro…

 

On m’a justement posé la question avant l’entretien, « À quel poste jouait Philippe Hinschberger ? » J’ai répondu c’est simple, il a commencé attaquant et a terminé défenseur !

C’est ça ! Juste la dernière année, j’aurais bien continué car c’était un rôle intéressant…

 

Et gardien de but ce n’était pas vraiment votre truc…

J’ai remplacé Michel Ettorre à cinq minutes de la fin dans un match à Cannes. Il était sorti à cause d’une commotion…(rires) Et je n’ai pas pris de buts ! 

 

Je me posais la question, aujourd’hui que vous êtes entraîneur, est-ce que vous vous feriez jouer ?

Oui.

 

Clairement ? Même dans le football actuel qui a évolué ?

J’étais un joueur de club, fidèle au FC Metz, toujours disponible et ce n’était pas moi qui faisait la gueule. Jamais titulaire au départ mais au final je faisais 35 matchs. Je crois que j’étais quelqu’un qui transmettait certaines valeurs. Je pense qu’un joueur de mon caractère, de mon tempérament, je parle au niveau du profil de l’homme c’est intéressant pour un coach.  Ensuite sur le profil du joueur, en transposant mes qualités de l’époque qui était principalement la vitesse, qui reste aujourd’hui une qualité forte, je pense que j’aurais pu dépanner.

 

Justement quel joueur de l’effectif actuel ressemble le plus au style de joueur que vous étiez ?

Un garçon comme Matthieu Dossevi, un joueur excentré, c’était mon poste durant quelques saisons et sur le côté droit, comme lui. Il est peut-être plus fin techniquement que moi, plus rapide, plus véloce. J’étais plus un joueur de course, quelqu’un qui était capable d’appeler dans l’espace sans ballon. On se ressemble un peu dans le style de joueur qui est capable de provoquer, de percuter, de provoquer le déséquilibre et puis de marquer des buts aussi. J’en ai quand même marqué pas mal.

 

Et vous étiez un leader dans le vestiaire…

À vrai dire la différence par rapport à aujourd’hui c’est que nous avions toujours 4-5 personnalités lorraine, c’était moi, Albert Cartier, Philippe Gaillot, Sylvain Kastendeuch ou Michel Ettorre. C’est quelque chose que l’on ne trouve plus vraiment aujourd’hui, ton leader de vestiaire c’est Bisevac, par exemple, ton capitaine…

 

Ce n’est pas un joueur local…

Non voilà… Jusqu’aux années 2000, on a toujours eu un noyau de joueurs « estampillé club ».

 

C’est peut-être aussi dû au fait qu’au centre de formation on ratisse au-delà de la région et qu’il n’y pas que des jeunes lorrains…

En 1975 quand j’ai intégré le centre de formation, il y avait 20 joueurs dont 18 lorrains. Il y avait José Souto de Thionville, Claude Taruffi venait de Clouange, Pascal Raspollini était de Longwy, Vincent Bracigliano arrivait de Forbach et Michel Ettorre provenait de Talange.

 

Si vous deviez faire venir à Metz un joueur que vous avez entraîné…

Romain Hamouma ! Malheureusement il sera contre nous samedi. C’est dommage. Je l’ai eu à Laval. Romain a été formé à Sochaux. Il n’a pas eu de contrat pro là-bas et à l’âge de 18 ans il s’est retrouvé à Besançon où il a fait deux saisons en CFA. On l’a recruté grâce à mon capitaine Johann Chapuis qui est Bisontin. Il m’a dit : « coach, j’ai peut-être un joueur pour vous », on l’a regardé et on l’a pris un peu par hasard.

 

Johann Chapuis, vous l’aviez aussi avec vous à Niort…

Je l’ai eu au Chamois, je l’ai fait venir à Laval. J’ai dit à mon président, je ne sais pas si nous allons monter mais il va nous aider, nous étions en National…

 

Et vous êtes montés…

Ouais ! Avec Johann Chapuis, tu montes ! Par contre dans le vestiaire c’est un chieur mais c’est un super mec. Pour revenir à Romain Hamouma, c’est un garçon qui a toutes les qualités, c’est un bon mec, il a la vitesse avec et sans ballon et une très bonne efficacité. Il a fait une saison en ligue 2, il a dû mettre 12 buts et 5 passes décisives. Après il est parti à Caen puis à Saint-Etienne, c’est un garçon qui a su gravir les échelons. C’est lui sans hésitation.

 

En plus j’ai la sensation qu’il reprend du poil de la bête depuis l’arrivée d’Oscar Garcia…

Malheureusement…

 

Est-ce que vous arrivez à ressentir parfois comme entraîneur des sensations que vous aviez éprouvées comme footballeur ?

Quand t’es joueur, tu joues, tu fais ce que l’on te demande de faire. Tu as une tâche à accomplir. Le joueur reste concentré sur lui-même, sur sa performance. C’est la seule chose qui l’intéresse.

Dans la victoire quand tu es entraîneur le plaisir est partagé avec les gens qui travaillent autour de toi. C’est le fruit d’un travail de toute la semaine, d’observation de l’adversaire. Par contre dans la défaite, quand t’es entraîneur, pendant deux jours c’est horrible.

Quand t’es joueur, tu as fini ta partie, tu manges tes pâtes, tu rentres à la maison et tu passes à autre chose. Alors qu’en tant qu’entraîneur, tu ressasses, tu te dis « on a raté une occas’… on a le penalty à retirer ». Les joueurs le lendemain ils sont passés à autre chose. Toi t’es toujours en train de chercher des solutions. « T’as gagné, tu dois gagner la semaine prochaine. Tu as gagné à Angers, comment tu fais pour battre Troyes… » Donc tu es dans une telle optique que tu ne peux pas te dire « tiens pendant 24 heures je vais lâcher », non. Tu as perdu un joueur, tu as un suspendu, tu as un blessé. Tu es toujours en train de réfléchir à ce que tu vas faire avec plein de choses à prendre en considération.

 

Dans votre rôle de coach, est-il plus difficile de créer un « onze » compétitif ou d’être la cible privilégiée des critiques ?

Les deux vont de pair, si tu crées un bon « onze » et que tu gagnes tes matchs, globalement ça fonctionne à peu près bien. L’année dernière personne ne disait rien. Cette année on critique aussi Didier Deschamps qui vient de qualifier l’équipe de France pour le mondial. De toute façon en France, on ne pense qu’à critiquer. Les gens devraient postuler, tout le monde a tellement d’idées.

Comme à Metz, il faut qu’ils postulent au FC Metz. Il faut qu’ils viennent entraîner une équipe. Ils verront comment ils devront s’y prendre pour jouer contre Paris. Ils verront aussi comment ils devront faire pour aligner deux attaquants non-complémentaires. Les journalistes, ceux qui sont derrière les caméras ou derrière leurs stylos, il faut qu’ils postulent, ils ont tous tellement d’idées. Jusqu’à dire que l’équipe de France joue mal alors qu’on vient de se qualifier ! Ils n’ont qu’à postuler pour l’équipe de France et bien la faire jouer.

 

Mais il n’y a pas que les journalistes ou les supporters, il y a aussi des anciens joueurs comme par exemple Christophe Dugarry qui envoie des critiques régulièrement, sans d’ailleurs avoir coaché d’équipes auparavant…

C‘est bien ça le plus grave ! Le problème c’est qu’aujourd’hui le monde médiatique du football fonctionne avec des tas de consultants, qui n’ont jamais entraîné une seule équipe de U11 ou de U15. À un moment donné c‘est trop facile de critiquer alors que tu ne connais même pas la complexité du coaching, du management d’un club ou de la mise en place d’une équipe. Ces gens-là devraient donner leur avis avant le match car c’est toujours après la rencontre que les commentaires arrivent. Moi aussi après le match « je sais que… » ou « peut-être qu’il ne fallait pas mettre lui ou machin ». Enfin bref…

 

Mais cela fait aussi partie de votre travail, une fois le match terminé, de se demander ce qui n’a pas fonctionné, non ? 

Oui bien sûr, là on a perdu sept matchs sur huit. J’ai obligatoirement de la responsabilité, c’est une évidence. Mais je ne peux pas endosser toutes les responsabilités. Il y a des circonstances, non pas atténuantes mais des circonstances qui ne nous ont pas porté vers le haut. Le président en a parlé et il a fait une très bonne analyse : Le mercato tardif sur l’arrivée de joueurs, nous sommes à la 9ème journée et Emmanuel Rivière a participé qu’à un seul de nos match, Matthieu Dossevi est arrivé à la 5ème journée. C’est très compliqué. On a complètement refait l’animation offensive. Aujourd’hui dans le foot, les conseilleurs ne sont pas les payeurs c’est une évidence.

Comment expliquez-vous que cette saison le FC Metz est bien meilleur dans le jeu mais n’obtient pas les résultats escomptés ?

Déjà c’est très frustrant. On est efficace dans notre propre surface de réparation, c’est à dire qu’on prend moins de buts, on en a pris cinq contre Paris mais faut-il rappeler les circonstances qui sont encore une fois défavorables ?

On s’est aperçu dès les premières séances d’entraînements que nous jouions mieux. C’était beaucoup plus intéressant dans le jeu de possession que la saison dernière. Après le reste, c’est n’est qu’une histoire d’efficacité. On est plus efficace défensivement car on prend moins de vagues que l’an dernier, on défend mieux, on est meilleur dans les transitions défensives et on est capable de bloquer l’adversaire plus haut. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas, par exemple on ne l’a pas fait contre Troyes. Sur l’action du but Troyen nous pouvons attaquer Bryan Pelé quatre fois ou au moins stopper l’action.

Par contre offensivement, malheureusement, il faut bien reconnaître que cette saison dans la surface de réparation adverse nous ne sommes pas efficaces. Soit on n’est pas assez nombreux, soit on est pas assez précis. Quand tu mets trois buts en huit matches tu ne peux pas espérer grand-chose. Sachant que nous avons perdu quatre fois 1-0.

Si tu mets ne serait-ce qu’un but sur ces matches-là, tu prends déjà un point. Multiplié par 4, ça fait 4 points. Plus les trois points de la victoire à Angers, ça fait 7 et avec 7 points, aujourd’hui tu es là et t’as pas l’air con. En plus nous avons joué les six premiers du championnat. La possession de balle était un des objectifs du président, c’est désormais le cas. On a travaillé dessus, on a pris aussi des joueurs pour garder le ballon. La vérité ce n’est pas uniquement que cela. La vérité aujourd’hui c’est simplement de marquer un but de plus que l’adversaire et de gagner des matchs. Tu peux avoir la possession mais quand t’es dernier tout le monde s’en fout ! Le PSG a bien mis 3-0 au Bayern Munich avec 27 ou 37% de possession de balle.

 

Que fait un entraîneur de Ligue 1 quand il n’est pas au travail ? Quels sont vos hobbies ?

Nous sommes beaucoup au travail. Les supporters s’interrogent souvent sur ce que peuvent faire les joueurs quand ils ne s’entraînent pas. La plupart du temps ils sont aux soins ou en muscu’. Quant au staff, nous préparons nos matchs. Cela passe par l’analyse du match précédent, ça prend beaucoup de temps. Il faut visionner et découper les séquences. Puis vient l’observation de l’adversaire qui est obligatoire. Pour le reste, c’est de la préparation de séances d’entraînements, beaucoup de communications et de discussions avec les joueurs pour bien préparer le match à venir. Et quand on a terminé ces choses-là, il reste encore les interviews avec la presse. Quand il me reste un peu de temps, je fais un peu de sport en salle et un peu de tennis à l’AS Cheminots à Longeville-lès-Metz. De temps à autre avec le staff, soit nous allons boire un verre en ville, soit nous allons manger au restaurant.

 

Vous sortez avec les joueurs parfois ?

Non pas vraiment. Parfois pour l’anniversaire d’un joueur, nous sommes invités au restaurant et nous y allons mais franchement, nous passons 80% de nos journées au stade.

 

LET’S GO METZ TIENT À REMERCIER PHILIPPE HINSCHBERGER ET LE FC METZ D’AVOIR ACCEPTÉ NOTRE SOLLICITATION ET D’AVOIR PRIS DE SON TEMPS POUR NOUS RÉPONDRE.

PROPOS RECUEILLIS PAR @SYMPHORIEN57 et @BGI57

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