Henok Affa : « Ici, j’ai vécu toutes les batailles. »

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Après un début de saison mitigé d’un point de vue comptable (2 victoires pour 3 défaites), mais prometteur collectivement, c’est l’un des moteurs des Canonniers, Henok Affa, qui s’est livré à Let’s Go Metz. Il revient sur sa carrière, le début de saison des Canonniers, les ambitions de l’équipe et nous glisse également quelques mots sur le derby lorrain face à Joeuf-Homécourt.

 

Sa carrière

 

Canonniers - Gennevillers - Affa (1)

 

Tout d’abord, peux-tu nous présenter ta carrière jusqu’à ton arrivée aux Canonniers ? Tu es notamment passé par le centre de formation du Paris-Levallois.

J’ai une carrière un peu atypique. Je suis passé par le Pôle Espoirs de Reims, j’ai ensuite joué à Villemomble en Cadets France 2ème division puis j’ai été repéré par le Paris Levallois. Cela avait très bien commencé avec Paris, je m’entraînais avec les pros à 16-17 ans, le club était en Pro B à l’époque. Malheureusement j’ai connu une grave blessure à l’épaule qui m’a fermé les portes du Paris-Levallois, il faut dire qu’il y avait énormément de talents dans l’équipe. Je n’ai ensuite pas retrouvé de club à cause de ma blessure, je me suis donc focalisé sur mon BAC. J’ai ensuite repris le basket en Nationale 3 à Neuilly-sur-Marne puis à Noisy-le-Grand après un an d’arrêt. J’ai à nouveau arrêté le basket car j’avais une opportunité professionnelle à Londres, je suis revenu à Colmar en pré-nationale et c’est à partir de là que j’ai atterri à Metz en 2014.

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Le jeune Henok au Paris-Levallois.

 

Aujourd’hui la défense est l’un des points forts de ton jeu mais cela n’a pas toujours été le cas, comment es-tu devenu un fort défenseur ?

J’ai toujours été un défenseur dans l’âme mais quand je suis arrivé ici, je n’avais jamais joué en Nationale 2. Les adversaires étaient plus rapides, ils voyaient le jeu avant moi, etc… Il a fallu que je prenne en expérience mais j’ai su m’adapter. La défense c’est avant tout de la bonne volonté et je suis un joueur qui donne beaucoup sur le terrain, je n’économise pas mes efforts.

 

As-tu des « joueurs modèles » dont tu t’inspires ou bien des coéquipiers dont tu as pu apprendre ?

J’apprends de tout le monde. À mon poste j’ai beaucoup appris de Patrice Mbianda et de Dragan Stipanovic, je défendais toujours sur eux à l’entraînement. Dragan était un gros shooter, Patrice aussi mais son registre était plutôt dans la percussion. Soit j’étais sur le shooter, soit sur le slasher ! (Rires)
C’était à moi de m’adapter et j’ai appris comme ça. J’apprends aussi de Mamedy Diawara et de Damien Jean-Joseph, j’essaye d’ajouter à mon arsenal des facettes de leur jeu que j’aime bien. Je suis une sorte de « couteau suisse » car je m’adapte à plusieurs situations.
Concernant les modèles je n’en ai pas vraiment, à part peut-être Kevin Durant et LeBron James. Ce sont des ailiers qui savent tout faire, difficile de s’inspirer d’eux.

 

Patrice Mbianda, Damien Jean-Joseph, Dragan Stipanovic et Mamedy Diawara ont été et sont toujours des coéquipiers importants pour Henok Affa.

 

Où te vois-tu sportivement dans 5 ans ?

Je ne manque pas d’ambition, je prends les opportunités qui s’offrent à moi. Il y a peu de temps, j’ai eu l’opportunité d’aller en Nationale 1 mais j’ai préféré rester à Metz. A 27 ans j’ai besoin de garanties, chose que je n’aurais peut-être pas ailleurs. J’aurais bien voulu voir ce qu’il se passe à l’étranger, notamment dans les pays de l’Est. J’ai une amie, Claudine Mendy, qui a évolué au Metz Handball et qui joue maintenant en Hongrie à Budapest. Je suis allé la voir jouer là-bas et j’ai vu des choses intéressantes.

 

Les Canonniers

 

Metz Canonniers - Tremblay 07092019 - Affa (3)

 

Tu es aux Canonniers depuis 2014, te considères-tu comme un leader de cette équipe à présent ?

Oui absolument. Je me considère comme un leader car j’ai fait mes classes, cela fait 6 ans que je joue en Nationale 2. Ici, j’ai vécu toutes les batailles.
On s’est retrouvé au bord du gouffre, on a joué avec une rotation à 5 ou 6, on a appelé des jeunes en renfort pour nous aider et on a réussi à maintenir le club plusieurs fois. L’an dernier on a connu une mauvaise passe et il a fallu se sortir les tripes. C’est quelque chose que j’ai appris à faire, notamment dans le match à Coulommiers qui nous a quasiment donné le maintien.

 

Il y a eu beaucoup de mouvement à l’intersaison, comment vit-on ça en tant que cadre ? Comment intégrer les nouveaux et créer un collectif ?

L’effectif a beaucoup changé par rapport à l’an dernier. Généralement on a l’habitude d’avoir un noyau d’au moins six joueurs qui restent par rapport à la saison précédente. Cela fait six ans que je suis à Metz mais j’ai toujours été considéré comme un jeune joueur car c’était des joueurs expérimentés qui arrivaient chaque saison. L’effectif a rajeuni, ce qui est intéressant pour l’avenir mais cela reste des joueurs majeurs qui sont arrivés au vu de leur talent et de leur expérience, même si maintenant je peux dire que je suis un joueur référencé à Metz. Je pense que le fait d’avoir de jeunes recrues facilite leur intégration dans l’effectif car ils ont une belle capacité d’adaptation. On est tous à la même enseigne dans l’équipe, jeunes comme anciens.

 

Vous êtes allés chercher un maintien à l’arrache l’an passé avec pas mal d’obstacles. La mayonnaise n’a pas pris pour plusieurs raisons, en particulier les blessures ?

Les blessures ont joué c’est certain mais le paramètre collectif est aussi à remettre en cause. La perte de Mamedy Diawara, qui est un très gros leader, nous a fait du mal. Nous n’avons peut-être pas joué en équipe comme nous aurions dû le faire. C’est là que d’avoir des jeunes recrues cette année est intéressant, ils s’adaptent peut-être plus facilement que certains joueurs expérimentés qui ont leur manière de jouer depuis des années.
Mais que ce soit avec les jeunes ou les anciens, on a toujours été la « Metz Family » car on s’entendait très bien à l’extérieur malgré les mauvais résultats.

 

Où vois-tu les Canonniers dans 5 ans ?

Franchement ? En Pro B. C’est largement possible, je ne sais pas si j’en serai mais c’est ce que je souhaite pour le club. On a bataillé contre certaines équipes qui ont fait la double montée N1 – Pro B en 2 ans. Depuis l’arrivée des nouveaux dirigeants on a passé un cap, sans vouloir minimiser le travail qui a été très bien fait avant. Metz ne brûle pas les étapes et a les moyens d’y arriver même si ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre.

 

La saison

 

Metz Canonniers - Prisse Macon - 12102019 - Affa

 

Vous venez de retrouver la victoire après trois défaites consécutives, l’équipe est en bonne voie selon toi ?

Totalement. Le dernier revers à Holtzheim est un match qu’on aurait pu prendre mais on ne l’a pas pris. Cependant, on est resté sur cet état d’esprit pour affronter Prissé-Mâcon qui est une équipe à ne pas sous-estimer, ils ne sont pas à leur place. Ils sont derniers mais c’est une grosse équipe, des joueurs importants sont actuellement blessés et cela fausse leur bilan.

 

Quel bilan tires-tu de ces cinq premiers matchs ?

On peut dire que c’est un bilan « négatif » vu que nous n’avons que deux victoires pour trois défaites mais il faut regarder notre progression. Le vent tourne vite en sport, quand la mayonnaise prend tu peux faire de grandes choses. On a déjà vu pas mal d’équipes très mal démarrer et finir dans le haut du classement.

 

On vous a vu faiblir plusieurs fois dans le quatrième quart-temps, malgré un troisième quart-temps de qualité. C’est dû à quoi ?

C’est un manque de sérieux et de concentration, c’est ce genre de choses qu’on doit éviter. Il y a certains moments où tu peux mettre la tête de ton adversaire sous l’eau mais il faut avoir la lucidité de bien jouer ensemble pour ne pas le laisser revenir dans le match. Même à +20 il faut continuer à jouer à fond, comme contre Prissé-Mâcon. C’est important de rester sérieux pour faire plaisir au public et les faire revenir.

 

Parlons derby, il est prévu à Metz le 9 novembre mais il est possible qu’il soit inversé et se joue à Jœuf en raison des disponibilités de la salle. Comment envisages-tu cela ?

Il faut savoir que Jœuf reste une grosse équipe et que pour eux, Metz, c’est le match de l’année. Nous avons souvent de nouveaux joueurs qui n’ont pas le sens du derby. On ne veut pas leur mettre trop de pression en leur disant que c’est un match normal, mais est-ce que le derby est un match normal ? C’est un derby !
Cela fait très longtemps que les joueurs de Jœuf jouent ensemble, ils vont nous rentrer dedans car ils connaissent le mot derby.
On ne peut pas y aller en voulant jouer propre, je le sais à l’avance, ça ne jouera pas propre. A l’extérieur on peut être potes, aller manger ensemble, regarder des matchs d’EuroLeague ensemble mais une fois sur le parquet tout ça, c’est fini.

 

Si le derby est inversé, cela vous ferait quatre matchs d’affilée à l’extérieur. Craignez-vous cela ? (NDLR : l’interview a été réalisée mardi)

Sans négliger nos futurs adversaires, on a commencé par se déplacer sur le parquet des « gros ». Nos prochains adversaires sont à notre niveau, cela va être difficile mais on peut s’en sortir victorieux.

 

Qui dit quatre déplacements d’affilée dit quatre réceptions d’affilée en fin de saison…

Totalement ! Avec quatre matchs à domicile dans cette salle les gens vont venir de plus en plus, la salle peut être pleine pour le quatrième match !
Aujourd’hui le basket a pris une grande importance dans la ville par rapport à mes deux premières années à Metz. C’est vraiment cool, ça me fait plaisir.

 

D’un point de vue collectif, quel est l’objectif cette saison ?

Prendre les matchs, tout simplement. On joue chaque match dans le but de le gagner. On pourra faire un bilan en deuxième partie de saison pour établir un objectif. Si je dois me mouiller j’ai envie de dire top 3. Cela va être compliqué, il y a de grosses équipes mais on peut s’en rapprocher.

 

Tu n’as pas envie de prononcer le mot « montée »…

(Sourire) Au fond, j’y pense. Quand je viens sur le parquet c’est pour gagner les matchs et si tu gagnes les matchs…
Il y a la place pour, c’est une poule très homogène. Si tu fais le con, tu te retrouves en bas mais si tu prends bien les matchs, tu peux te retrouver en haut rapidement. Il ne faut pas se mettre la pression inutilement.

 

Et au niveau personnel ?

Déjà m’affirmer à mon poste, je me sens bien dans cette équipe. L’an dernier j’étais sixième homme et ça m’allait bien, je prenais ce qu’on me donnait d’année en année. Cette saison le coach m’a dit : « Henok, on compte sur toi à ton poste, à toi de montrer que tu es prêt à prendre tes responsabilités ». Et j’étais prêt.

 

Surtout que plus qu’un scoreur, tu es un facilitateur de jeu…

Bien sûr, j’ai été formé en tant que meneur de jeu, je mesure 1m89. Si je fais une interception pour lancer un coéquipier ça me va. Je me suis entraîné avec des gars comme Andrew Albicy (NDLR : médaillé de bronze du dernier mondial avec l’Équipe de France), j’ai fait ma formation comme meneur. Aujourd’hui je joue à l’aile, j’ai pris de la masse, ça aide pour défendre sur des postes 3 voire des postes 4.

 

La vie d’Henok

 

Metz Canonniers - Tremblay 07092019 - Affa (2)

 

Tu nous parlais de Claudine Mendy et du Metz Handball tout à l’heure. Est-ce que tu suis les autres équipes sportives à Metz ?

Bien sûr, en particulier le Metz Handball et le FC Metz qui sont les têtes d’affiche de la ville. L’an dernier je suis allé voir quelques matchs au Stade Saint-Symphorien. Je vais très souvent voir le Metz Handball aussi car je suis ami avec des joueuses du club.

 

Tu travailles à la vie scolaire du collège Arsenal à Metz. Est-ce que le basket est obligatoire dans la cour de récré avec Henok Affa ?

(Rires) Même pas ! En dehors du basket, on peut même douter que je sois basketteur, à part peut-être quand je suis avec des coéquipiers qui dépassent les deux mètres. Je suis devenu une petite star au collège maintenant (rires), certains collégiens viennent même voir les matchs. C’est vraiment sympa de travailler avec les jeunes, des fois je m’occupe aussi des équipes UNSS du collège.

 

Est-ce que le rythme entre vie professionnelle, vie personnelle et vie sportive n’est pas trop compliqué à gérer ?

Je suis encore jeune, je vis à fond. Au bout d’un moment je serai obligé de me freiner dans certains domaines. Je commence à me focaliser sur tout ce qui est soins et récupération sinon je sais que je ne pourrai pas suivre. Aujourd’hui j’ai une très bonne hygiène de vie, cela n’a pas toujours été le cas. Je me blessais énormément lors de mes deux premières années ici car je n’avais pas une bonne hygiène de vie. La Nationale 2 c’est du semi-pro, on s’entraîne comme des pros. Je ne suis pas à l’abri des blessures mais je fais tout pour les éviter.

 

Propos recueillis par: Arthur Carmier et Kévin Bignossi.

Crédit photo: Kévin Bignossi (une), Matthieu Henkinet (corps, à l’exception de la photo de Paris-Levallois : droits réservés, fournie par le joueur)