1er Bilan : Silence ! On (re)coule…

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Je profite de cette trêve internationale pour faire un point à 1/4 du championnat sur la situation du FC Metz. L’idée n’est pas de tirer sur l’ambulance avec cette 20ème place retrouvée, mais d’essayer de comprendre les montagnes russes émotionnelles que nous avons traversées ces deux derniers mois.

On a tout entendu lors de la pré-saison : Diallo n’aura pas le niveau Ligue 1, on recrute que des joueurs de L2, l’arrivée d’un international français, une pointure va arriver devant… Ce sont les aléas de tout nouveau début de saison, entre les exigences et fantasmes des supporters et la dure réalité économique des clubs.

Par contre, ce qui n’est pas du domaine de l’imaginaire ce sont ces matchs amicaux qui n’ont rassuré personne avec une attaque inefficace et une défense sous pression dès que l’adversaire vient la chercher haut. Le bilan pour cette préparation 2019-2020 est inquiétant, mais une mauvaise préparation n’assure pas un démarrage raté en championnat, le contraire est aussi valable. Les recrues n’ont pas fait forte impression non plus, Ambrose, Ndoram, et Centonze pour ne citer qu’eux. On a eu le droit à un feuilleton Opa Nguette, sur lequel je reviendrai plus tard.

Un moment fort du club à été la présentation du nouveau Saint-Symphorien le 28 mai. Belle surprise, mais quel coup de pression! Pour faire simple, ce projet sera viable si un maintien en L1 est obtenu en fin de saison. Dans le cas contraire, on peut s’attendre à des lendemains difficiles en L2.

Si cette avancée en terme d’infrastructures propulsera le club dans une nouvelle dimension, car on parle de la rénovation du stade très souvent, l’émergence du nouveau centre d’entrainement à Frescaty est tout aussi impressionnant. Encore faut-il un alignement des planètes tant au niveau sportif avec le maintien du club en Ligue 1 qu’avec la finalisation de ces lourds investissements.

Le second moment fort de cette pré-saison est venu de la sortie du calendrier de L1 le 14 juin : Strasbourg, Monaco, Angers, Paris. On a vu fleurir des Nostradamus sur les réseaux sociaux avec un zéro pointé le 1er septembre et une descente actée au bout de 4 matchs (sur 38 je le rappelle)

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La deuxième partie de ces matchs aller est aussi très costaude : Nantes, deuxième au classement pour le moment, un déplacement à Lyon qui doit réagir après un début de saison complètement raté et un nouvel entraîneur. Sans oublier Montpellier, Lille, Rennes, Nice et l’OM qui seront les logiques favoris face à nous.

 

Bilan par ligne

En défense : Une stabilité coupable ?

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Crédit photo : site officiel PSG

Pendant l’intersaison, le choix a été fait de remplacer numériquement le départ de Balliu et garder la défense qui nous a permis d’avoir une belle assisse derrière en Ligue 2. Après plus de deux mois de compétition quel est le bilan?

Tout d’abord, le choix Centonze : un des meilleurs latéraux de ligue 2 avec Lens, un recrutement qui est intervenu assez tôt, qui lui a permis une intégration rapide. On ne pouvait pas trouver mieux avec un choix gagnant-gagnant, le FC Metz récupère un joueur de qualité qui sort d’une bonne saison, Centonze sera titulaire en Ligue 1 et bénéficiera donc d’une belle visibilité pour la suite de sa carrière.

Une charnière qui interrogeAprès la montée acquise en mai dernier, la recherche d’un défenseur central plus technique était, à mon humble avis, une priorité au vu de l’exigence de la ligue 1. Aucun profil de ce type n’a été recruté. Le FC Metz a misé sur les belles performances de ses deux centraux en Ligue 2 et l’idée était de passer un cap en Ligue 1. Et c’est là que commence mon incompréhension. Comment peut-on croire que des gars ayant déjà évolué en Ligue 1 et avec un âge déjà avancé (30 ans pour Sunzu et 32 pour Boye) pourront passer un cap ? La décision de ne pas prendre un défenseur central de qualité est une erreur, Sunzu et Boye sont de bons joueurs mais pas complémentaires, ils ont un profil similaire et le même registre.

Au niveau de la relance, c’est quasiment le néant. Techniquement, que ce soit Boye, Sunzu ou même Fofana, ils n’ont pas cette qualité de casser des lignes par des passes ou par le jeu long. Prenons Nantes, notre prochain adversaire, comme exemple : Gourcuff n’a pas hésité a faire descendre Girotto en défense centrale pour apporter cette qualité dans les transmissions.

Focus sur Centonze : élève perfectible ! Je le trouve très impressionnant dans les duels 1 vs 1. Lorsqu’un joueur le défie balle au pied, il est très peu mis en difficulté grâce à son anticipation et sa vitesse. En revanche, au niveau du placement il a clairement des lacunes . Il laisse un intervalle trop important entre lui et le central, l’adversaire a régulièrement identifié cette erreur et trop souvent l’adversaire direct de Centonze est trouvé lancé dans son dos grâce à une passe dans cet intervalle.

Focus sur Delaine : élève tête en l’air, doit revenir aux fondamentaux de son poste ! Il possède un profil de contre-attaquant et non pas de défenseur pur. En témoigne les 3 buts encaissés où sa responsabilité est engagée sur des centres au second poteau.

Et que dire des coups de pieds arrêtés défensifs ? On nous a vendu qu’en ligue 1, il faut des joueurs costauds derrière, prêts au combat… Les duels sur ce genre de situations vont au delà de l’aspect purement physique : détermination,  don de soi, concentration, placement… Des qualités qui ne sont à priori pas présentes ou très partiellement.

 

Au milieu de terrain : Une frilosité digne d’un promu déjà condamné avant de jouer

Cette frilosité chronique se matérialise par la titularisation quasi systématique de trois milieux défensifs. Je comprends ce choix contre des équipes qui nous seraient nettement supérieures, mais contre des équipes du même niveau ou des équipes en plein doute c’est incompréhensible. D’accord contre Monaco, cela a fonctionné, mais tous les faits de jeu ont été dans notre sens. Le match pour moi qui caractérise cette peur constante face au résultat c’est le match contre Paris. On a joué le PSG le plus faible sur la feuille de match depuis nos dernières confrontations, Hognon a préféré rester scotché à son système et ne pas bousculer le PSG avec des joueurs plus ambitieux.

Le milieu a évolué au cours des semaines. Il fallait trouver de nouvelles solutions et ne pas rester dans la position de victime expiatoire. Vincent Hognon effectue ce changement à Saint Étienne, de manière subtile. Il a imaginé un compromis plutôt original, permettant à la fois d’exploiter au mieux les qualités d’Adama Noss Traoré – qu’il considère comme un véritable numéro 10 – et de conserver un certain équilibre. Ce subtil mélange consistait donc en un mix entre le 4-3-3 et le 4-2-3-1, avec un meneur de jeu axial (Traoré) et un ailier gauche, mais sans ailier droit. Cette dissymétrie assumée implique que le milieu relayeur droit, en l’occurrence Habib Maïga, ait un volume impressionnant. Comme l’illustre ce schéma du Républicain Lorrain dans son édition du 27 septembre 2019.

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Républicain Lorrain

Autant dire que cet effet de surprise n’a été qu’un feu de paille… la journée suivante, nul à domicile face à Toulouse et défaite sans appel à Brest 2-0. Ce système asymétrique ne peut fonctionner que lors de quelques matchs en particulier et ne peut pas être un système qui perdure. L’adversaire identifie le coté avec le moins de densité et s’adapte.

Notre meilleur milieu depuis le début de saison est clairement Habib Maiga. Un coffre incroyable, un dépassement de fonction. Ndoram n’a pas été très souvent utilisé, j’ai été déçu de son utilisation beaucoup trop latérale du ballon, très peu de prise de risques vers l’avant. Angban, le plus gros transfert du club, oui 6 millions s’il vous plait (quelques infos croustillantes sur le sujet seront dévoilées plus tard), n’apporte pas énormément au milieu. Sa présence peut rassurer pour l’assise défensive mais il ne posera que très rarement de problèmes à l’adversaire.

La belle surprise vient de Traoré, qui a réussi à dynamiser le milieu par son activité et ses passes souvent très bien senties. Sa patte gauche nous fait naturellement penser à Gakpa, mais il a quelque chose en plus dans la transmission, il a un coup d’avance. En parlant de ce dernier, il est incompréhensible de le voir avec aussi peu de temps de jeu jusqu’à maintenant. Joueur important en deuxième partie de saison dernière, il a perdu ce statut pendant l’été, victime de cette foutue frilosité affichée dans le jeu avec dans le XI trois milieux à vocation défensive.

 

En attaque : L’Habib Diallo dépendance

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Crédit photo : bonjourdakar.com

Auteur de 6 réalisations sur les 8 buts marqués en 9 journées, Habib Diallo réalise un bon début de saison, contrairement à ses autres compères d’attaque. Si on va plus loin, le FC Metz marque en moyenne 0.88 but par match, autant dire qu’on ne fait peur à pas grand monde en Ligue 1, surtout si on prend en compte le fait que Diallo va surement avoir un manque d’efficacité un jour ou l’autre. Parce qu’à ce rythme là, Diallo enfilerait 25 buts, cela est peu probable. Il faut trouver d’autres solutions pour mettre en difficulté les défenses adverses.

En attaque un trio semblait avoir les faveurs de Hognon : Boulaya – Diallo – Nguette, la triplette qui nous a permis de remonter assez facilement l’année dernière. Sincèrement, Diallo me bluffe par son niveau en ligue 1 et je ne parle pas uniquement en terme de statistiques ( on peut tout leur faire dire à ces statistiques ! ) mais aussi en terme de niveau du jeu. Il est très précieux et c’est un excellent pivot de ligue 1. Sa palette est assez large, contre le PSG il a montré qu’il était au niveau en se créant des occasions tout seul, en prenant le dessus dans le domaine aérien, face à Marquinhos et Silva, ce n’est pas rien.

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Crédit photo : francefootball.fr

Arrivons au cas Boulaya. Fan du joueur l’année dernière, il faisait des différences balle au pied mais aussi sur coups de pied arrêtés. Alors oui, un joueur de percussion, doté d’une belle technique peut avoir plus de déchets que le reste de l’équipe et c’est normal, c’est ce qui fait la beauté de ce sport, les différences individuelles. Par contre, depuis le début de saison il n’est pas dans le tempo. Il a effectué des matchs remarquables dans le repli défensif (cf Monaco) mais offensivement, il ralentit le jeu. Ses prises de balles sont souvent arrêtées, ce qui l’handicape pour prendre le dessus sur son adversaire. Ajoutez à cela le manque de confiance et on obtient un joueur en plein doute. Je suis persuadé qu’il aura son rôle à jouer plus tard quand l’équipe (re)commencera à tourner en rond. Ce n’est pas le type de joueur qui permet à une équipe de sortir la tête de l’eau, il a besoin que l’équipe tourne pour s’exprimer.

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Crédit photo : football365.fr

Nguette, que dire sur Nguette après son feuilleton cet été… Au niveau de ses performances pas de surprises, il a eu de bonnes statistiques, les meilleures de sa carrière l’année dernière mais il est trop limité pour la ligue 1 et on était prévenu.  Ce n’est pas un finisseur. Un joueur d’espace ? Oui, au vu de ses caractéristiques. Un passeur ? Son placement sur un couloir lui confère ce rôle automatiquement, mais c’est plus compliqué que cela. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut titulariser systématiquement un gars qui fait traîner sa prolongation, qui négocie avec d’autres clubs et qui revient comme une fleur en juillet et signe son nouveau contrat. Soit je comprends pas grand chose, soit la cellule de recrutement est perdue. Si tu ne fais pas entièrement confiance à un mec pour lui proposer une prolongation digne de ce nom, alors cherche un autre profil. Résultat: un nouveau contrat le 17 juillet et titulaire indiscutable en début de saison.

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Et les autres ?

On ne peut pas juger les autres joueurs offensifs, avec très peu de temps de jeu. Niane a du mal, techniquement ce n’est pas une surprise, par contre il n’exploite pas ses qualités premières : vitesse et finition. Ambrose m’a fait bonne impression sur le peu de temps de jeu qu’il a eu. C’est un joueur d’instinct qui possède une polyvalence qui peut être utile.

Et maintenant qu’est ce qu’on fait ?

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Avant les choix d’hommes, il faut changer l’animation. Pour sortir de cette dépendance Diallo il faut l’associer à un compère devant. De une, il sera moins isolé et de deux, on doit surprendre, les adversaires commencent à le connaitre. Une association avec Ambrose serait la plus complémentaire en attaque, on peut imaginer un Diallo avec le même rôle qu’actuellement et un Ambrose qui tourne autour. Les deux joueurs possèdent une qualité de finition et cet instinct devant le but.

Au milieu, il faut trouver une justesse technique, aperçue sur certains matchs, associée à une puissance physique qui est largement représentée dans l’effectif. Par contre, l’idée d’un système asymétrique est à conserver mais en le faisant évoluer avec un losange au milieu. Ce qui permettrait à un joueur comme Maiga de garder cet abattage physique tout en gardant un rôle de milieu et non pas d’ailier hybride car physiquement ce n’est pas tenable pendant de longues semaines.

Voilà comment je vois mon FC Metz évoluer :

Ce milieu permettrait d’exploiter au mieux les qualités de nos deux latéraux, en gardant une couverture quand ces derniers montent. Alors, oui j’ai mis beaucoup de joueurs de ballons (trop peut-être ?). Je vois dans ce système de jeu aussi le meilleur moyen de défendre. Trop souvent, on laisse l’arrière-garde adverse relancer sans pression et construire ses attaques. Avec ces deux attaquants, on pourrait d’une part influencer la relance adverse et d’autre part amener plus de densité où l’adversaire commence à construire ses offensives.  A nous d’avoir un pressing cohérent pour récupérer plus haut le ballon.

Alors oui, grosse provocation de ma part avec Peugnet. Mais pour moi, il faut changer. Oui c’est un jeune, il ne connait que la réserve, la R1 et cette année la N3 (avec brio d’ailleurs) mais on lance quand nos jeunes ? Quand on sera sur une bonne série ? Ben non on garde l’équipe en place. Quand on sera maintenu ? On luttera jusqu’au bout. Je reviendrai, plus tard, sur la politique du FC Metz avec ses jeunes qui commence doucement mais sûrement à me chauffer.

Tout n’est évidemment pas perdu, il reste encore beaucoup de matchs, mais cette période qui débute jusqu’à la nouvelle année est clairement décisive. La réaction de l’équipe est attendue. Elle se trouve dans une situation qu’elle ne connait pas, elle a largement dominé le championnat de ligue 2 en ayant aucun trou d’air dans ses performances. C’est dans ces moment là que l’on voit la force d’une équipe et l’émergence de réels leaders.

Pour synthétiser, soit on arrive à la barre des 20 points et le club est sur les bons rails pour son développement et l’objectif maintien. Soit on doit faire face à de grandes et nouvelles désillusions. Hognon n’aura pas tout ce temps pour convaincre, les deux prochains matchs vont décider de son avenir en Lorraine.

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Crédit photo : Lfp.fr